Disque

tropical horses mirador

Mirador (Anywave + Montagne Sacré, avec le soutien de Balades Sonores)

S’éloignant de l’esthétique lo-fi de ses débuts électro-garage, ce premier album aux accents industriels et psychédéliques est traversé par une fascination perturbante pour le mal et l’obscurité.

 


 

Soigneusement construit, Mirador emporte son auditeur dans une plongée dans des ténèbres qui se font plus suffocantes à chaque morceau. Si la première partie de l’album est un défouloir où la spontanéité énergique qui a fait la renommée de Tropical Horses s’offre avec un panache grisant, la seconde moitié, elle, voit l’épaisseur des textures s’assombrir et grandir à chaque mesure : les voix se font plus rares, les guitares plus graves et les rythmes plus austères.

C’est un psychédélisme en nuances de noir que Tropical Horses trafique. Loin des rêveries colorées auxquelles le mot se réfère le plus souvent, il s’agit là de s’infuser un psychotrope vicié qui ronge, dévore et malmène. Inconfortable et pourtant addictif, Mirador est un objet singulier qui trouve difficilement son pendant dans le paysage musical français actuel. Entre d’autres termes : qui d’autre pour assembler avec autant de rage des guitares aussi éraillées avec des rythmiques tribales et électroniques, un sample de sous-marin allemand et des chants grégoriens, des voix crachées à même le micro de l’ordinateur (!) et des synthés sortis de toute la froideurs de ligne de 0 et de 1 ?

Ni tout à fait électronique et plus vraiment garage, plus lo-fi du tout mais partisan d’un maximalisme répétitif et suffocant, Tropical Horses est arrivé à maturité. Plus expressive, plus brutale dans la violence et plus nuancée dans les accalmies, son écriture s’est épanouie. Le poulain fougueux et devenu un persan colérique, tandis que ses tropiques évoquent moins la tempête qu’une nuit moite où l’on dort éveillé, secoué de cauchemars avec lesquels nous sommes condamnés de danser.