Artiste

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Bruce Brubaker

Bruce Brubaker fait partie de cette génération d’interprètes qui ont pris acte de l’existence de la musique électronique dans leur monde au point de mettre en relation l’interprétation des oeuvres et l’art du remix sans qu’aucun musicologue à la petite semaine leur force la main.

Professeur à la prestigieuse Juilliard School de New York (où il a compté Francesco Tristano parmi ses élèves et avec qui il se produit souvent sur scène au piano à quatre mains autour de programmes mélangeant joyeusement répertoires classiques, contemporains et adaptations pianistiques de classiques techno du genre dont Tristano s’est fait une spécialité), collaborateur régulier de l’icône Meredith Monk et de diverses figures du royaume néo-tonal (Nico Mulhy notamment), Brubaker fait surtout partie des rares acteurs de la musique nouvelle actuelle à chercher encore la petite bête au sempiternel schéma créateur démiurge / interprète dévoué / public passif, puisqu’il ne cesse de répéter, ici ou là, que l’interprète doit, plus que jamais à l’ère hypertechnologique qui est à la nôtre, s’investir dans l’interprétation comme un acte de création à part entière.

C’est particulièrement le cas pour ses propres interprétation des pièces pour piano solo de Philip Glass, qu’il s’approprie comme peu de pianistes avant lui, au point de trahir la doxa de l’interprétation à l’ère postmoderne et, c’est tout le paradoxe qui nous intéresse, de recevoir l’adoubement ultime de Glass lui-même qui l’a canonisé publiquement comme l’un de ses plus grands interprètes. Avis aux amateurs et aux spécialistes, donc: il est à peu près certain qu’on n’a pas entendu des Metamorphosis, Mad Rush et Wichita Sutra Vortex aussi vibrantes et émouvantes depuis Solo Piano, indispensable anthologie et oeuvre emblématique de l’Amérique yuppie où Glass les interprétait lui-même.”  The Drone