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Catherine Hershey

Catherine Hershey​ chante a cappella ou en harmonies vocales, comme renouant avec la fonction liturgique originale du chant, avec la puissance de la parole, de la voix, cette « harpe sacrée » des gospels. Tout passe mieux de bouche à oreilles, et la parole amplifiée perd de sa puissance. « Au-delà des bras » me fait penser à Léon Chestov, qui postule que la foi libère, quand la raison aliène. Il cite Saint Paul, parlant d’Abraham comme celui parti « sans savoir où son chemin le menait ». L’amour est d’abord idiot, et la dévoration, toujours eucharistique : « J’ai pris feu, à tes pieds je me suis allongé. J’ai caressé tes mille peaux, tu as embrassé mes os, et mon cœur idiot. Je suis tombée, affamée. Amour, j’ai voulu te dévorer. ») ; « La chute » me rappelle l’« Homo Sacer », de Giorgio Agamben, l’homme sacré, exclu de la société romaine, qui peut être tué par n’importe qui, mais qui ne peut faire l’objet d’un sacrifice humain lors d’une cérémonie religieuse. Comme est errante l’âme de celui qu’on a privé de sépulture. Agamben, dans « La communauté qui vient », parle aussi des enfants morts avant d’avoir été baptisés, comme errants dans les limbes. Ces limbes ne sont pas une peine afflictive, comme l’enfer, mais une peine privative : ils sont juste privés de la vision de Dieu, et du coup, sont impassibles face à sa justice. Ils restent innocents, comme éternellement enfants. Cette innocence les rend aussi très sensuels, ou sexuels, comme peut l’être « Ici le cœur » (là où est le trésor). Catherine Hershey regarde et chante le monde, et l’humanité, avec ces yeux d’enfant, cette voix de l’innocence, et de l’étonnement, mystique, spirituel. “Wilfried Paris”