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Doug hream blunt

DOUG HREAM BLUNT

La pochette de l’album My Name is Doug Hream Blunt est à l’image de la vie de l’artiste : singulière, par sa production modeste, mais vraie, avec un gros air de Do It Yourself. Un faux semblant de brouillon, pourtant, car tout, sur cette pochette, semble finement pensé, à l’image de ce qu’elle contient. Un album sans prétention ni fioritures, donc, au charme certain et authentique. Cela dit, on ne se risquera pas à le classer dans les catégories de la pop lofi, du rock ou du funk : Doug respire tous ces genres à la fois, par sa musique sauvagement brute, génialement riche.

Si Doug est singulier par sa musique, donc, il ne l’est pas moins par son existence, qui se caractérise par une banalité assez extrême. C’est que Doug n’a pas eu la vie sulfureuse caractéristique de nombreux génies torturés. Plutôt qu’un héros tragique, le chanteur est surtout un infirmier de formation, devenu musicien sur le tard. Eh oui ! Doug Blunt est aujourd’hui un monsieur à la soixantaine révolue qui a coulé des jours heureux dans la tranquillité de son anonymat, dans sa Californie natale. Ce n’est qu’à 35 ans qu’il décide, sur un coup de tête, de suivre un cours du soir intitulé « Comment former un groupe ». Initiative heureuse, puisque ce cours lui permet de dénicher sa dream team musicale constituée de son professeur et de ses camarades de classe. L’ambition de Doug s’arrête cependant rapidement : en 1985, il autoproduit en vitesse un album qu’il ne distribue pas réellement. Une petite apparition sur la chaîne locale de San Francisco aura été pour le virtuose l’ultime coup d’éclat de sa carrière avortée. Le temps a ainsi passé sans que rien ne se passe pour Doug, ou presque. Ce n’est qu’en 2015 que le trésor caché connaîtra une réédition heureuse sous le label de David Byrne, Luaka Bop.

Ainsi, si la musique de Doug Blunt a survécu au temps, c’est presque par accident, et surtout grâce à l’admiration qu’il a suscitée sans trop le vouloir chez certains artistes contemporains– et parmi eux Ariel Pink, Dean Blunt, Dam Funk, et David Byrne, évidemment- Doug Hream Blunt aura passé les trois quarts de sa vie à soigner le corps des autres. Désormais, c’est notre âme qu’il peut apaiser. Merci David Byrne !