Artiste

Fabrizio Cammarata

Si les chansons de ce nouvel album ont été écrites en tournée à travers le monde, elles donnent cependant l’impression que leur auteur s’est enfermé dans un laboratoire d’alchimiste très légèrement éclairé, afin d’explorer en profondeur ses propres ombres, reflets de souvenirs intimement personnels.

Sur scène Fabrizio Cammarata est l’un de ces artistes au talent rare, capable de séduire le public uniquement avec sa guitare et une voix bouleversante, invoquant des sentiments puissants comme le bonheur ou la perte. Partageant la scène avec nombre d’artistes, de Ben Harper à Patti Smith, Hindi Zahra, Devendra Banhart ou Iron & Wine, il crée un lien intense avec un auditoire qui l’écoute avec une véritable ferveur.

Avec ce nouvel album, ‘Of Shadows’, produit à Palerme par Dani Castelar (REM, Editors, Paolo Nutini), l’artiste aborde la dualité de l’ombre et de la lumière, «ayant personnellement fait l’expérience de chaque aspect dans le cadre d’une relation intense, excitante, très émotionnelle mais qui fut un échec au final. » L’interaction entre ces deux phénomènes est aussi l’objet d’une étude élargie, comme en atteste le thème de l’éclipse solaire, qui résonne très fortement dans nos vies personnelles. L’exploration de ces sujets a démarré avec le titre Long Shadows, écrit et enregistré en une nuit à Cordoue. Ouvrant l’album, c’est aussi le morceau phare du précédent EP ‘In Your Hands’, dont chaque titre a fait l’objet d’une vidéo simple, sombre et profonde. Cet EP présentait une dichotomie que l’on retrouve dans l’album : la lumière et l’ombre, le radical et le sensible, le romantique et le brutal, mais aussi l’opposition entre le monde réel et celui des légendes, des mythes.
Le son de l’album atteste de cette recherche, avec une instrumentation parfois réduite à sa plus simple essence, pour s’ouvrir ensuite sur une opulence instrumentale jamais superflue.

Ces différents niveaux de lecture s’expliquent par les origines de Fabrizio. Palerme, capitale de la Sicile, est un melting-pot unique en Europe depuis des siècles. Ses façades Liberty élégantes et délabrées, son architecture et son histoire unique offrent à la ville portuaire une lumière obscure, « où dansent ensemble la vie, l’amour et la mort », selon les propres mots de l’artiste.
A l’instar de ses références Bob Dylan, Fabrizio de André ou Nick Drake, ou encore Piers Faccini avec qui il a co-écrit une chanson, Cammarata s’appuie sur une tradition assumée tout en explorant la modernité, comme en témoigne la riche production de cet album enregistré aux Studios Indigo, dans l’enceinte du Palais Lanza Tomasi di Lampedusa, véritable niche artistique sicilienne, et produit par Dani Castelar.

Grand voyageur, Fabrizio Cammarata irrigue ses chansons de multiples influences ou sources d’inspiration, poésie, prose, performances, histoires vécues, films, musiques qui se mêlent en un “flux d’inconscience”, à l’origine de ses textes à clefs multiples. Mais son art ne se limite pas à ses chansons, car tel élément déclencheur peut tout aussi bien aboutir à l’écriture d’un roman ou d’un court métrage. C’est parfois le processus en lui-même qui fabrique l’œuvre. Ainsi Fabrizio est l’auteur d’un album de soul (‘Skint & Golden’, 2013) avec son vieil ami Paolo Fuschi, mais aussi d’un disque de reprises et d’un roman biographique basés sur la vie de la légendaire artiste mexicaine Chavela Vargas. Sa fascination pour cette artiste ne s’arrête pas là, Fabrizio travaillant depuis cinq ans à un film, un road movie décrivant sa quête de la mystérieuse figure de ‘La Llorona’. Cette chanson légendaire est une véritable obsession pour Fabrizio qui en offre une interprétation fervente, en prélude à un film « en chantier permanent, mais qui connaîtra à un moment son aboutissement. »

Ces multiples fils suivis par la muse ou l’esprit créatif de Fabrizio Cammarata à travers sa musique, ses vidéos, ses écrits ou ses réflexions ont un point commun : la volonté de créer cette petite part de magie qui reste toujours inexplicable. Nous vous recommandons de vous plonger dans son univers à l’écoute d’Of Shadows, la nuit de préférence, afin de donner aux ombres tout l’espace dont elles ont besoin pour vous happer, vous envelopper de leur lumière délicate.