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glenn branca

Glenn Branca

Glenn Branca fait partie de ces légendes qu’on ne sait trop par quel bout attaquer, et de ces musiciens dont on a l’impression qu’on ne comprendra jamais l’oeuvre tant sa complexité et son intelligence nous dépassent. Sa force se trouve dans une sorte d’évidence qui refuse de se révéler à la première écoute. La musique de Branca n’est pas facile. Il faut aller à sa recherche, l’observer longtemps avant de pouvoir commencer à l’apprivoiser – peut-être. Ses albums forment un chaos déroutant que l’on sait parfaitement ordonné et régi par des lois mathématiques précises sans parvenir à y discerner une quelconque structure. Ses morceaux sont comme un monument sans portes ni fenêtres : on sait que son ascension sera longue.

 L’homme lui-même comporte plusieurs facettes complexes. D’abord acteur, puis auteur et metteur en scène de théâtre, il fonde le Bastard Theater à Boston, pour lequel il composera ses premiers morceaux, vers 1975, interprétés en live pendant les représentations. Peu de temps après son installation à New-York en 1976, il rencontre Jeff Lohn, avec qui il crée les Theoretical Girls, fameux groupe no wave qui exista jusqu’au début des années 80, et au sein duquel son intérêt pour les riffs répétitifs et les changements soudains de dynamique commence à émerger. C’est d’ailleurs à la même époque que Branca se révèle en tant que compositeur. En 1981, il publie The Ascension, un album pour quatre guitares, une basse et une batterie, sorte de cataclysme électrique qui prend déjà de l’avance sur tout ce que le rock alternatif pourra faire de mieux dans les trois décennies à venir. Les liens entre le compositeur d’avant-garde et la scène rock new-yorkaise sont d’ailleurs loin d’être inexistants : c’est au sein de ses formations que Lee Ranaldo, Thurston Moore (Sonic Youth) ou encore Michael Gira (Swans) ou Page Hamilton (Helmet) ont fait leurs classes. Visionnaire et ambitieux, Branca se plonge ensuite corps et âme dans la création de symphonies – il en a composé une quinzaine à ce jour, toutes interprétées par des orchestres majeurs à travers le monde. En juin 2001, dans une sorte d’avant-goût apocalyptique des événements à venir, Glenn Branca dirige un ensemble monstrueux de 100 guitares au pied du World Trade Center.