Artiste

Armand

GRAN VOLCANO

Sous le nom de Gran Volcano se cache en fait Arman Méliès. Mais qui est Arman Méliès me direz-vous ? Eh bien c’est un musicien français, tout simplement génial, rien que ça. L’univers de ce créateur d’atmosphères poétiques et cinématographiques est on ne peut plus bouleversant d’imagination, fascinant, hypnotique, romantique, désespéré, envoûtant… Et avec le projet totalement instrumental Gran Volcano, il affiche une maîtrise hallucinante du post-rock aérien d’une beauté sidérante.

Arman Méliès commence réellement sa carrière avec le groupe éphémère Prorata Temporis, suivi d’Enola avec l’album “Figurines” dans lequel l’énorme potentiel de son chanteur compositeur ressortait. Même si le groupe se construit une bonne réputation scénique, il splitte.

Arman sort ensuite 2 EPs en solo, puis le premier chef d’œuvre, “Néons Blancs Et Asphaltine” en 2004. L’atmosphère de ce disque transpire de poésie, de mélodies hypnotiques, souvent acoustiques. Les guitares sont sublimes, et les paroles, d’une beauté folle, transportent celui qui le veut bien vers un univers hors norme, à la fois familier, relevant à la fois du film, de la folk et de la pop planante et étrange, notamment avec le travail sur les claviers. Le titre “Un Pont Sur La Mer” est l’un des plus beaux morceaux jamais écrit. Les instrumentaux fourmillent d’idées et montrent un univers cohérent déjà très étendu. ‘Les Tortures Volontaires‘ sort en 2006 chez Warner, et poursuit un peu plus loin l’exploration musicale, avec toujours cette recherche sur les mots, et ce mélange d’acoustique, de folk (inspiré par Sufjan Stevens par exemple), de pop étincelante et sophistiquée, et de musiques de films imaginaires, comme dans les splendides instrumentaux “Roma Troma”, “Le Retour Des Caravelles” et “Géopolitique Des Brumes“, qui commencent à esquisser un tournant vers une musique plus conceptuelle et ouverte. Remarqué par Alain Bashung, il enregistrera un duo avec lui et contribuera à son dernier et magnifique album, “Bleu Pétrole“.

En 2008, “Casino” marque un tournant dans la musique d’Arman Méliès ; tout en gardant son affection pour les ambiances filmiques (on pense à John Barry sur le titre éponyme), il ramène un côté new wave avec l’utilisation de beaucoup de claviers. Aucun titre instrumental cette fois-ci. La reprise de la chanson de Lio, “Amoureux Solitaires”, est un sommet : synthétique, froid et désespéré, avec sa trompette accompagnant la fin du morceau, c’est une beauté absolue. La voix d’Arman est également plus posée, plus assurée, et les paysages qu’il dépeint sont encore une fois des plus poétiques. Citons “Belem” et ses cordes magiques, “Diva” et sa deuxième partie Pink Floydienne, et “Le Soupir Du monde”, autre sommet bluffant de beauté, autre chef d’œuvre. Du pur bonheur qui transporte au-delà du monde, au-delà de son monde, pour amener à un moment irréel où l’on est emporté dans un flux de musique aérienne et magique.

Hubert Félix Thiéfaine ne s’y trompe pas, et ce sont deux titres d’Arman qui figureront sur son splendide album “Supplément de Mensonges“. Entre temps, c’est Julien Doré qui le sollicite en tant que musicien. Sur “Ersatz“, son premier album, la collaboration entre Arman et Julien fait des merveilles, et sur scène, c’est une vraie complicité fraternelle qui se nouera. Au point que ce ne sont quasiment que des amis ou des collaborateurs d’Arman qui se retrouveront face au public, autour de Julien Doré. “Bichon“, son excellent deuxième album, plus homogène, renforcera encore le lien musical et amical qui unit les deux hommes. Arman écrira 3 titres pour cet album, dont un en collaboration avec Doré.

Trois ans après “Casino“, Arman réunit ses potes musiciens pour un projet à base de guitares tranchantes, c’est Basquiat’s Black Kingdom. Méliès crée son propre label, Lait Noir Recordings et fait paraitre donc en streaming et en téléchargement cette performance live de 4 titres. Entièrement instrumental (avec quelques chœurs toutefois), à base de claviers et de guitare, on retrouve l’univers solo du chanteur, notamment sur les mélodies planantes, mais aussi les prémices du Basquiat’s Black Kingdom, comme un pont entre ces deux univers : un post rock cinématique méditatif qui s’étend sur 26 minutes, fluide, aux guitares oniriques, serein et aventureux.

Arman Méliès est un artiste libre, un artisan de la musique, qui fabrique des rêves, des échappées belles, des univers parallèles, des films musicaux, dont l’originalité et la beauté ne pourront que convaincre les amateurs de musique qui va au-delà d’elle-même : celle qui existe en tant que telle, celle qui vit sa propre vie, et qui, lorsqu’elle rencontre la nôtre, la chamboule et lui apporte quelque chose qui résonnera en chacun différemment mais qui, assurément, restera jusqu’à la fin.

 

Source : Clairetobscur

Gran Volcano

Gran Volcano - Avalon Ballroom II