Artiste

Josephine Foster – Im a Dreamer COVER_hi

Josephine Foster

“Une douzaine d’albums et toujours cette voix insaisissable, qui méduse. Hors modes, hors temps, elle mêle comme personne folk et sensualité latine. Plus personne ne chante comme Josephine Foster. Cette langueur distinguée, ces graves bons pour des lieder, ces ­aigus rêvant d’anciens arias, douceurs de berceuse, rudesses de chants de ­labeur… On guette le grattement d’un vieux phonographe. Son prénom même sonne démodé. Sans âge visible et d’une élégance rustique, elle nous descend du Colorado. Ado, chantait aux mariages et aux enterrements. Songeait à l’opéra. Femme faite chant (songbird, dit-on là-bas), elle l’enseigna aux enfants (Little Life). Réinterpréta le répertoire allemand du XIXe (A wolf in sheep’s clothing). Vocalisa folk en espagnol (Perlas). En tout, une douzaine d’albums en une douzaine d’années. En 2014, il est temps de découvrir Josephine Foster.

L’approche peut dérouter, tant cette musique semble étrangère à toute volonté de marquer son temps. L’effet se produira peut-être au bout de deux ou trois écoutes, mais il est sans retour. Bientôt il devient impossible de se ­passer du phrasé irréel de I’m a dreamer, entrecoupé d’harmonica ; du déclamatif spirituel d’Amuse a muse, avec grand piano ; de la délicatesse inouïe de Magenta, où la voix de la dame vibre comme un instrument hawaïen inconnu. Des échos de l’ancienne Amérique hantent ces chansons pour lesquelles on inventerait la « pureté métisse », où se mêlent de la plus troublante façon bastringue et voilette, rigueur janséniste et sensualité latine.”

François Gorin pour Telerama