Artiste

Lubomyr Melnyk

LUBOMYR MELNYK

On pourrait être grossier et s’embarrasser de chiffres. On pourrait vous conter les exploits de Lubomyr, vous dire qu’il peut jouer simultanément, de chacune de ses mains, 19 notes par secondes. On pourrait le résumer à cet inventeur de la continuous music, cette technique caractérisée par un débit de notes rapide et complexe.

Mais non, Lubomyr, c’est un peu plus que des mathématiques, beaucoup plus qu’une série de records. Oui, c’est le pianiste le plus rapide du monde. Mais au diable le superlatif. Plus que la maitrise exceptionnelle de l’artiste, c’est surtout sa poésie qui nous parle.  Sous des doigts incroyablement habiles, c’est son âme qui se livre. “Je pense que la musique efface la stupidité de la société moderne, et permet à l’âme d’éclore et de s’exprimer“, nous souffle l’artiste.
Lubomyr est connu pour avoir apporté un souffle nouveau à l’instrument classique. Mais avant d’être novatrice, sa musique est incarnée. “Nous devons penser le monde dans toute sa dimension métaphysique et spirituelle, et apprendre à sentir et écouter l’autre à nouveau. Le piano permet de réveiller les gens de cette inertie.

Si on résumait la vie de Lubomyr à son amour indéfectible et infini pour l’instrument, on exagèrerait à peine.
Tôt, il apprend la musique classique et apprivoise Bach et Chopin. Mais en 1968, la sortie de In C de Terry Riley le bouleverse et lui donne envie de chambouler à son tour les gens de ses dix doigts.
Il investit Paris en 1973, et vit pendant deux ans en jouant pour des cours de danse contemporaine. Il crée alors la Continuous Music, symbole même de la vie du virtuose : une vie passionnément dédiée au piano. Si, pendant ces années, Lubomyr est affamé et sans le sou, il est cependant repu par son amour de la musique.
Et d’amour, c’est en somme tout ce dont il est question pour Lubomyr : “j’aimerais que les personnes mauvaises réalisent que c’est beaucoup plus plaisant d’aimer que d’haïr”. S’il y a bien une chose que le piano permet à Lubomyr de faire, c’est donc de donner de l’amour, tout plein d’amour à un monde qui en manque terriblement.