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Lylac

Lylac

LYLAC diffuse un doux parfum nostalgique, un psychédélisme bucolique. On pénètre dans cet album sur la pointe des pieds. Doucement, le son craque et tout autour, le monde tourne tranquillement, inlassablement, comme un vinyle précieusement épargné par le poids des années.

Au printemps 2012, les germes de Lylac bourgeonnent dans l’esprit d’Amaury Massion. Pour le leader du groupe My TV Is Dead, tout se précise sur les routes du monde. De bourlingues cambodgiennes en escapades thaïlandaises, le garçon s’éloigne du rock et redécouvre le plaisir des choses simples. Une guitare acoustique pour seul bagage, il s’écarte des chemins électriques pour embrasser des mélodies sobres, des chansons conçues sans artifice ni effet de manche. Des morceaux joués pour la beauté du geste. Loin de la Belgique, il imagine un monde dépouillé de toutes futilités, un univers sans fioriture où la guitare guide la voix. À moins que ça ne soit l’inverse. Au bout du chemin, Amaury entrevoit le premier album de Lylac. Publié en 2013, ‘By A Tree’ est sollicité par la critique (Le Soir, RTBF…) et encensé par un public tombé sous le charme de ces mélopées artisanales, brossées avec un soin particulier et une authenticité sans faille.

Aujourd’hui, Amaury Massion s’est posé du côté de Bruxelles. Sédentaire, mais totalement libre de ses mouvements, il empoigne ses émotions à bras-le-corps pour imaginer les contours de ‘Living By the Rules we’re Making’, son disque le plus personnel. On retrouve ici la voix de Lylac, son style, ses coups de blues grattés avec délicatesse et ses caresses susurrées sans largesse. L’artiste revient sur son terrain de prédilection, sans oublier d’avancer. De la pochette verdoyante du premier essai au noir et blanc gravé sur la couverture de ‘Living By the Rules we’re Making’, il y a des nuances, des détails qui changent. Echafaudés entre une guitare et un violoncelle (Merryl Havard), les arrangements s’enrichissent ainsi au contact de la flûte, du cithare ou de quelques notes de piano. On pénètre dans cet album sur la pointe des pieds. Doucement, le son craque. Le titre ‘My Bird’ se révèle et, tout autour, le monde tourne tranquillement, inlassablement, comme un vinyle précieusement épargné par le poids des années. Les nouvelles chansons dégagent un doux parfum nostalgique, un psychédélisme bucolique qui, entre passé et présent, s’amusent à déjouer les logiques de la ligne du temps. En compagnie de Lylac, on songe à l’avant et à l’après, à Midlake ou Fairport Convention, Nick Drake ou Iron & Wine.

Enregistré à la maison, dans le confort du salon, ce deuxième album s’est dessiné sans pression, à l’écart des fracas et de l’agitation urbaine. C’est un havre de paix qui, pourtant, ne renie jamais l’actualité. Introspectif, rêveur et romantique, le chanteur aborde aussi des sujets de société. Sans montrer les crocs ni sortir les griffes, Lylac s’avère percutant dans la douceur, incisif dans la douleur. Sur ce disque, la lumière a toujours raison des ténèbres. Parce que chez Lylac, le bonheur est là, à portée de main, dans les petits riens du quotidien, l’amour de tous les jours. En marge des flux médiatiques, de l’info qui fuse et de l’angoisse qui perfore la toile et les réseaux sociaux, la musique de Lylac répond à l’appel de la nature et des grands espaces: tout ce qui permet à l’homme pressé de revenir à l’essentiel. Au plus proche de son cœur.

Par le passé, Lylac mélangeait allégrement français et anglais. Désormais, seule la chute du disque se chante dans la langue de Bashung (‘La revanche du léger’). Elle vient cristalliser le fruit d’une rencontre singulière avec la plume acérée et mélancolique de Zoé Simpson. Ailleurs, on savoure ‘Lilac Wine’, un hymne à l’amour enregistré en 1950 par James Shelton. Interprété depuis par de grands écorchés (Nina Simone, Jeff Buckley), le morceau tombent aujourd’hui entre les cordes de Lylac. Les doigts en mouvement sur sa guitare, Amaury Massion dépoussière le chef-d’œuvre avec respect et passion. Peaufiné en studio par Pierre Vervloesem (dEUS), ‘Living By the Rules we’re Making’ distille onze mélodies affranchies de toutes stratégies mercantiles. Ce qui en fait un bien terriblement précieux.