Artiste

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Romare

“En pro du « rare groove », le Londonien pioche ses sons dans d’antiques vinyles de blues, de jazz ou de jerk. A l’ancienne, mais terriblement chaloupé.

Chez les producteurs électro, les samples n’ont plus vraiment la cote. Il est vrai qu’au tournant des années 1990-2000 on en a sérieusement soupé de ces échantillonnages de sons à ­tout-va, de ces juxtapositions au kilomètre d’ambiances vaporeuses, simples et faciles copier-coller de vieux disques de soul ou de jazz. Le DJ et « beatmaker » londonien Archie Fair­hurst, alias Romare, n’hésite pas à utiliser encore cette méthode de l’emprunt et de la citation, et pourtant son Projections est une réussite de bout en bout. Question de talent et d’imagination. Il n’a pas choisi par hasard son nom d’artiste : son modèle, le peintre et écrivain Romare Bearden (1911-1988), fut le chantre de l’art afro-américain, mêlant dans ses toiles photos ethnographiques et peinture naïve. Avec ses samples prélevés dans d’antiques vinyles (de jerk, de blues, de jazz…), Projections obéit à cette même règle du collage et de la superposition des images, de l’aller-retour entre le passé et le présent. Nulle facilité ni exotisme bon marché chez Romare. Tous ses morceaux, entre house et « rare grooves », sont incroyablement élégants. Et s’il est très doué pour les ambiances feutrées, il n’oublie pas non plus la danse : des morceaux comme Roots, Rainbow et, surtout, Prison ­Blues ont déjà tout de futurs classiques pour dancefloor. Après seulement deux maxi-vinyles, ce premier album, long et beau témoignage d’amour à la musique noire, tient du coup de maître. ” Télérama.