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Rudolphe Burger

A force d’arpenter les chemins du son, le chanteur-guitariste Rodolphe Burger est aujourd’hui l’un des grands voyageurs du rock français, et l’un des plus prolifiques. Son univers musical, nourri des expériences les plus diverses, entretenu par des rencontres à première vue improbables, s’apparente à une galaxie en constante expansion. Entre rock mutant, boucles de mélancolie obsessionnelles, effluves de jazz, électronique acide ou lunaire et poésie contemporaine, impossible de ranger son œuvre dans une seule boîte. Et ça tombe bien : Rodolphe ne veut pas de ça. En bon globe-trotter, il a choisi l’itinéraire bis, empruntant sans relâche les sentiers de traverse : le but du voyage n’est jamais la destination, mais le voyage lui-même. « I’m a passenger, and I ride and I ride… » : pas un hasard si Rodolphe a fait siennes les paroles de la chanson d’Iggy Pop, maintes fois reprise par lui…

Né en 1957 à Colmar, Rodolphe Burger joue du rock dès son plus jeune âge. Après être devenu professeur de philosophie au début des années 80, il reprend le fil de la musique électrique au sein du collectif Dernière Bande, matrice du groupe-culte Kat Onoma dont Rodolphe est le maître d’œuvre, au chant et à la guitare radioactive. De 1986 à sa séparation 18 ans plus tard, ce fleuron du rock français cultive sur sept albums une musique obsédante, subtilement imprégnée de blues tendu, de jazz en clair-obscur, de folk urbain et de post-punk ombrageux. Entre os et muscle, entre chien et loup. Une musique racée, définitivement.

Dès 1993, parallèlement à l’aventure Kat Onoma, Rodolphe se lance dans une carrière solo avec son frugal Cheval-Mouvement, album à la surface de bois noueux. Cinq ans plus tard, l’ovni Meteor Show prend le contre-pied de son prédécesseur : avant-gardiste, mixé à l’acide par le sorcier Doctor. L, secoué de convulsions jungle et drum’n’bass, ce disque révèle les multiples cordes à l’arc du combattant Burger, larguant les amarres vers des cieux zébrés d’éclairs électroniques. L’album est aussitôt couronné par le Grand Prix de l’Académie Charles-Cros, prouvant que son auteur ne s’est pas trompé de combat. Les grandes embardées deviennent alors le quotidien artistique d’un Burger peu attiré par les longs fleuves tranquilles… En 2008, Doctor. L retrouve Rodolphe pour l’aider à confectionner un No Sport tantôt ouaté, tantôt panoramique : disque intemporel, non situable, chambre effleurée par les parfums du monde, la terre se confondant avec le ciel. Une synthèse sans rien de synthétique. Ou peut-être un disque synesthèse… En tout cas un parfait compagnon pour voyages immobiles. Un an plus tard, Valley Session à l’esprit live s’affirme comme un autre must : en compagnie d’invités et de son nouveau trio (Julien Perraudeau à la basse ou aux claviers et Alberto Malo à la batterie), l’ex-tête de proue de Kat Onoma revisite magistralement des titres de son ancien groupe, des morceaux solo et quelques standards signés Lou Reed, David McWilliams ou Joy Division. Cure de jouvence, cure de nouvelle brillance…

Depuis 15 ans, les collaborations avec d’autres artistes se sont multipliées à un rythme effréné. Françoise Hardy, fan de la première heure, se voit offrir de nouvelles perles à son collier sur trois de ses albums… et même un duo de haute volée avec Iggy Pop, « I’ll be seeing you ». Sur Fantaisie Militaire, Alain Bashung hérite d’un lancinant « Samuel Hall » cosigné par l’écrivain Olivier Cadiot, acolyte régulier de Rodolphe. Quant au phénix Jacques Higelin, il renaît en 2006 avec Amor Doloroso que son nouveau frangin alsacien réalise pour lui, dans sa ferme-studio de Sainte-Marie-aux-Mines. Résurrection confirmée il y a quelques mois par un Coup de Foudre capiteux, mis en bouteille dans le même repaire des Vosges.

Sur scène, lieu par essence de la rencontre et du surgissement, le public a pu voir une grande silhouette triturant sa guitare en compagnie d’autres artistes : le frère de cœur Rachid Taha, David Thomas alias « Monsieur Pere Ubu », le trompettiste Erik Truffaz, le saxophoniste John Tchicai, Ben Sidran jazzant sur Bob Dylan, des musiciens traditionnels ouzbeks, les dessinateurs Dupuy & Berberian injectant de l’encre électrique dans leur trait… Et d’autres encore… Tous membres internationaux de la Burger Connection.

Mais ce n’est pas tout, loin de là… Fondant en 2001 son propre label Dernière Bande, Rodolphe Burger en profite pour publier de nombreux projets discographiques pour le moins originaux. Paramour, envoûtant premier album de Jeanne Balibar, Blood & Burger en compagnie du guitariste free James Blood Ulmer, Before Bach où le blues électrique croise le fer avec la tradition modale de Bretagne ou d’Orient (grâce à Erik Marchand et Mehdi Haddab), un sensuel Cantique des Cantiques orchestré pour le mariage d’Alain Bashung et Chloé Mons, une nouvelle forme d’électro-jazz concoctée avec Yves Dormoy sur Planetarium, sans oublier les rêveries topiques élaborées avec Olivier Cadiot (On n’est pas des indiens, c’est dommage centré sur le territoire welche, Hôtel Robinson vivifié par les embruns de l’île de Batz)… On l’aura compris, la carte musicale dessinée par Dernière Bande, réfractaire à la notion de frontières, ne ressemble à nulle autre : rivières, îles, vallées, collines et cieux s’y dilatent, se répondent et s’y fondent en un grand mouvement circulatoire…

Désirant faire partager son goût de l’aventure à un public varié, Rodolphe a également créé le festival trans-genres « C’est dans la Vallée » dans sa petite ville d’origine, Sainte-Marie-aux-Mines (Haut-Rhin). En 10 ans, cette manifestation attirant des artistes de renom et investissant des lieux chargés d’histoire, dont la convivialité et l’amitié constituent les principales raisons d’être, est ainsi devenue l’un des rendez-vous buissonniers les plus créatifs en France…

 

Source : Anthony Boile