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Santiago

Santiago Aldunate y a longuement séjourné, dans la nuit. Il y recherchait une musique, un son, mais aussi des racines. Une question le maintenait éveillé : quel était son folklore ? Fils d’un Chilien fort et d’une Française douce, Santiago adopta d’abord le folklore de la jeunesse : le rock & roll, mais poussé aux extrémités de la transe, qu’il atteint dès son premier groupe, les Mantis.

Un pantalon en cuir, des cloches aux chevilles, le choc physique était tel que Nikolas Acin écrivit à son propos « Est-ce un cauchemar Voodoo ou un rêve psychédélique ? ». La prime jeunesse s’effaçant, Santiago partit en quête d’autres rythmes, sur d’autres continents, écoutant les percussions de l’Afrique, les guitares gitanes et la voix du pays de son père. Ce dernier, parfois, chantait un boléro, mais c’était au fils de refaire le chemin pour l’apprendre. Alors, il apprit à écrire le français en écoutant cette langue exilée: la nostalgie chilienne de Violeta Parra fut traduite, l’esprit furieux du « duende » de Garcia Lorca révélé.

Un héritage qui résonna avec une tradition typiquement française : la pastourelle, la chanson de geste, le moyen âge où Bernart de Ventadour et François Villon pouvaient côtoyer les disques de l’adolescence, ceux de Syd Barrett et Brian Eno. L’aurore, cet EP qui vous est ici présenté, constitue le premier chapitre de cette quête : album d’un ménestrel du XXIe siècle, peuplé de bandits à la recherche de trésors, rencontrant parfois un ange, rappelant, sans le savoir, ce que le psychédélisme français fit de plus singulier: les 33 tours de Guy Skornik et Jacques-Alain Leger. Puis, au fond du fond, si l’on regarde à travers le miroir, une étendue infinie se dessine derrière cette musique : c’est celle de la mort, incroyablement douce, qui se lève comme le soleil.

Aujourd’hui, Santiago est devenu un groupe à trois têtes, accompagné d’un batteur et d’un bassiste. Ils s’apprêtent à silloner le pays, assénant le territoire de leurs concerts sauvages et acérés, à la recherche de l’extase et du dépassement, pour retrouver le goût du danger.

Thomas E. Florin