Artiste

Scott Fagan

SCOTT FAGAN

Que de mystère autour de « South Atlantic Blues », album génial mais méconnu, signé par un bonhomme aussi mystérieux qu’au bataillon, inconnu.
Voici l’histoire d’un Elvis Presley raté.

Né aux Etats-Unis, Scott s’envole vite aux Caraïbes, voguant avec mère et tante vers les doux coins des îles Vierges. Le peuple joyeux et plein de vie de la contrée constituera plus tard une source intense d’inspiration pour l’artiste qui, fort de cette expérience « magique », bénéficiera de l’aura très artistique d’un peuple profondément animé par la musique, la danse et la peinture. Très tôt, l’existence de Scott est donc bercée par l’art.  Néanmoins, le début idyllique s’obscurcit vite, lorsque la mère de Scott, amourachée de l’alcool, enchaîne les relations amoureuses douloureuses et instables.
Pourtant, malgré sa jeunesse, Scott sait regarder au delà de la misère de son foyer, et se fait attentif à la pauvreté qui l’entoure : devant les enfants avides de nourriture qui parcourent les poubelles de son quartier, l’artiste en puissance se promet de retenir ce qui s’offre à ses yeux, désireux d’apprendre à écrire afin de chanter au monde l’injustice qui s’impose à lui.
C’est donc en espérant changer le monde que Scott Fagan, infatigable idéaliste quoi que sans-le-sou, met en 1964 le cap, du haut de ses dix-sept ans, vers New York, à la recherche des non moins fameux compositeurs Doc Pomus et Mort Shuman. Une fois dans le bureau de Pomus et trois chansons plus tard, le chanteur se fait engager sur le champ. Scott Fagan travaille alors d’arrache pied avec ses nouveaux mentors pour signer en 1968, à seulement vingt-et-un an, l’album « South Atlantic Blues », sous le label ATCO.

Lorsqu’en 1970, le célèbre peintre Jasper Johns le remarque et célèbre son vinyle en lui dédiant un véritable vernissage-hommage au MoMa de New York, Scott Thomas croit voir l’ombre d’un succès s’offrir à lui, mais que nenni ! L’artiste ne s’acharne cependant pas, et accepte sa carrière manquée avec humilité. A la place, l’artiste coule des jours paisibles, repeuple la terre de cinq enfants issus de quatre différentes femmes, compose pléthores de chansons à défaut de les chanter (et co-écrit la sublime « Cry ‘il My Tears Run Dry » pour Linda Rondsadt)…et donne même accidentellement vie à Stephin Merritt, membre des Magnetic Fields.

Convaincu que la musique doit changer le monde, Scott ne se délestera jamais de sa fougue et fondera une association avec pour vocation de soutenir les musiciens alcooliques.« Fais ce que tu as à faire, et quand tu chantes, chante pour de vrai. Et quand tu écris, écris pour de vrai. » : « vrai », un mot qui résumerait bien Scott Fagan, cet héros que 2016 pourrait bien, enfin, faire sortir de l’ombre…