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Superbravo II

Superbravo

SuperBravo est un trio mixte qui peut prétendre au qualificatif de supergroupe. Initié par Armelle Pioline après la mise en veille d’Holden, duo discret et pourtant incontournable de la nouvelle scène française aux cotés de Dominique A et Philippe Katerine, ce nouveau projet a grandi avec l’arrivée de Michel Peteau et de Julie Gasnier pour former une constellation idéale de talents complémentaires. Après une discographie riche de cinq albums inspirés et sensibles, il fallait pour Armelle rebattre les cartes de son jeu. Et retrouver à trois, par une alchimie singulière, ce que l’on peut perdre en route quand on est seul : le désir de se dépasser, le plaisir communicatif du lâcher prise, l’aventure musicale sans filet…

La dynamique de SuperBravo est unique parce qu’elle repose sur les connections mystérieuses, pleines de surprises, entre trois musiciens multi-instrumentistes aux horizons convergents. C’est aussi la rencontre sensuelle de deux voix féminines au timbre chatoyant, qui vibrent ensemble. Chacun a su tirer de son expérience passée, une discipline, une agilité qui offrent aux chansons un espace à habiter, à la fois structuré et ouvert. Un modus operandi où l’intuition prévaut, où chaque instrument choisi (des guitares folk ou électriques, un orgue Farsifa, une boite à rythmes, un tom bass de batterie…) devient le medium électif d’une vision à partager, d’une émotion à faire ressentir.

Armelle ne pouvait trouver meilleurs partenaires de jeu. Guitariste autodidacte et ingénieur du son hors-pair, Michel a fait ses armes au cours des années 70 chez Cheval Fou et Nyl, deux formations krautrock psychédéliques qui ont façonné son goût pour les expérimentations. Cette approche similaire pour une pop sinueuse et cosmique, Julie la travaille dans son groupe Lalafactory mais aussi dans la danse contemporaine qu’elle pratique au sein de la compagnie Kivitasku. Donner du corps aux chansons, laisser un espace pour la rêverie… C’est justement ce rapport charnel à la musique qui imprègne les chansons graciles de SuperBravo. Sorti en 2011 sur Les Disques Bien, A Space Without Corner larguait les amarres de la pop française pour dériver de la plus subtile manière qui soit vers les rives du folk et de l’Americana. Ce premier album, ouvragé et lo fi, touchait droit au coeur.

Dans la foulée de concerts d’appartements fraternels et généreux données en 2016, l’enregistrement de L’Angle Vivant au studio Panorama à Romainville s’est fait dans ce même rapport à l’intime et aux voyages immobiles. Tel le bestiaire illustré qui orne la pochette signée R. Kikuo Johnson, la musique de SuperBravo se déploie entre ciel, terre et mer, nuancier exquis de mélodies solaires et de courants plus souterrains. L’esprit se trouble dans les plis insondables d’une mélancolie ouatée (La Cabine, Seule, Au trop), s’illumine d’une fraîcheur juvénile communicative (Papier mâché, Oui) ou s’interroge non sans inquiétude sur notre futur (Pourquoi, Les Vacarmes). Et lorsqu’il s’approprie par deux fois le répertoire d’un autre, SuperBravo transcende les originaux pour en faire une ritournelle pop irrésistible (Un Baiser, une bombe) ou une ballade folk touchée par la grâce (Mon nom).

Sans oublier quelques arpèges finement tressés et du silence pour parler d’amour avec une maturité bouleversante (Les Oiseaux bleus, Le Coeur des hommes). Intégralement signé par le trio, L’Angle vivant, c’est toute une philosophie qu’on n’entend pas si souvent par ici : repenser la musique comme une matière organique et inconsciente, comme une énergie collective qui circule entre les êtres. Sortir les chansons des formules éprouvées pour les laisser vivre et s’épanouir librement. Ici et maintenant.