Jef Gilson - Malagasy at Newport-Paris


18 JUIN 2021


In May 1972, the wave of anger and the thirst for freedom that had swept the world in 1968 arrived in Madagascar. The Malagasy youth took the opportunity to exile in search of a brighter future. Several of them, all jazz musicians and often polyintrumentalists, came to Paris with their afro hair and bellbottoms. Their names were Sylvin Marc, his cousin Ange "Zizi" Japhet, Del Rabenja, Gérard Rakotoarivony and Frank Raholison. By chance, they crossed paths with pianist and bandleader Jef Gilson, who they had already met as kids during a series of concert and workshops in Tananarive four years earlier. Gilson was far from an unknown on the French jazz scene. He had played with Boris Vian and André Hodeir at the end of the forties, he was one of the first French composers to move away from the New-Orleans style to try his hand at bebop, had launched numerous young stars (Ponty, Texier, Portal...), was a polemical critic for Jazz Hot, had opened for Coltrane at Antibes/Juan Les Pins, and was part of the Double Six... But it was tough to make a living playing personal compositions and Jef, who didn’t have enough money to return to the island and continue mining the seam of Malagasy jazz, saw an opportunity to relaunch ‘Malagasy’. He had his recording studio in the Les Halles area, at the Foyer Montorgueil, where he was teaching jazz to a choir. He set to work with the new Malagasy group, working on a repertoire and reviving some of his compositions from the 50s/60s ("Requiem Pour Django", "Dizzy 48", "Anamorphose" here renamed "Salegy Jef" as a nod to an ancestral rhythm reworked in a contemporary style...), and also included more recent tunes ("Newport Bounce" which opens this current album is a reworking of a track called "Interlude", recorded in 69 with the drummer from Miles Davis’ first quintet, Philly Joe Jones). The group Malagasy 73 gigged a lot. One of their concerts was recorded on the 14 March in a club, ‘Le Newport’, in rue Grégoire de Tours, Saint Germain des Prés, not far from the ‘Kiosque d'Orphée’ where Gilson worked at the beginning of the 60s when he brought bebop and avant-garde jazz to the attention of a generation of musicians with his records imported from USA. This meeting between two generations and two cultures created a new mix between jazz, traditional music and electric funk. Jef Gilson had reinvented himself yet again, and it wouldn’t be the last time. * Mai 1972, la vague de colère et de soif de liberté qui a secoué le monde entier en 1968 connaît une réplique à Madagascar. La jeunesse malgache en profite pour s'exiler en quête de meilleures perspectives d'avenir. Plusieurs d'entre eux, tous musiciens de jazz souvent poly-instrumentistes, traînent leur coiffure afro et leurs pattes d'eph' dans les rues de Paris. Ils s'appellent Sylvin Marc, son cousin Ange "Zizi" Japhet, Del Rabenja, Gérard Rakotoarivony et Frank Raholison. Ils tombent par hasard sur le pianiste et chef d'orchestre Jef Gilson, qu'ils avaient déjà croisé gamins lors de sa série de concerts et d'ateliers à Tananarive quatre ans plus tôt. Gilson n'est pas un inconnu dans le milieu du jazz français. Il a joué avec Boris Vian et André Hodeir à la fin des années 40, fut l'un des premiers compositeurs français à s'éloigner du style New-Orleans pour s'essayer au be-bop, a lancé de nombreux jeunes premiers (Ponty, Texier, Portal...), a été un critique polémiste pour Jazz Hot, a ouvert pour Coltrane à Antibes/Juan Les Pins, a fait partie des Double Six... Mais jouer ses propres compositions ne nourrit pas aisément son homme et Jef, qui n'avait plus les finances pour poursuivre ses séjours sur l'île et creuser son travail sur le jazz malgache, voit là une occasion en or de relancer Malagasy. Il a son studio d'enregistrement installé dans le quartier des Halles, au Foyer Montorgueil, où il enseigne le jazz à une chorale. Il y fait donc travailler ce nouveau groupe malgache pendant quelques mois pour monter un répertoire, revisitant plusieurs de ses anciennes compositions des 50s/60s (« Requiem Pour Django », « Dizzy 48 », « Anamorphose » rebaptisée ici « Salegy Jef » en clin d'oeil à ce rythme ancestral remis à la sauce contemporaine...), voire des thèmes plus récents (le « Newport Bounce » qui ouvre l'album que vous tenez entre les mains est une relecture d'un morceau appelé « Interlude », enregistré début 69 avec le batteur du premier quintette de Miles Davis, Philly Joe Jones). Le groupe Malagasy 73 joue beaucoup. Un de ses concerts est enregistré le 14 mars dans le club Le Newport, à Saint Germain des Prés, dans la rue Grégoire de Tours, à deux pas du Kiosque d'Orphée où Gilson travaillait au tout début des 60s et où il avait sensibilisé toute une génération de musiciens en important des disques de be-bop et de l'avant-garde US. La rencontre entre deux générations, deux cultures, donne un mélange inédit entre jazz, musique traditionnelle et funk électrique. Jef Gilson réussit à se réinventer une fois de plus. Ce ne sera pas la dernière.

Jérôme « Kalcha » Simonneau

lp 23,00