KRAMER - WORDS & MUSIC, BOOK ONE


14 JANVIER 2022


Il y a environ 40 ans, dans un magasin de disques de Long Island, lors d'une visite de week-end chez ses parents, il y avait un double vinyle qui donnait l'impression à Kramer qu'il fallait absolument qu'il l'achète. Il s'appelait Big Ego de Dial-a-Poem. Sur la couverture, il y avait une photo de John Giorno (un grand poète qu'Ed Sanders lui avait fait découvrir) sur un toit de New York avec Philip Glass, Meredith Monk et deux enfants. Il coûtait 2 dollars. Kramer l'a acheté et s'est précipité chez ses parents, où il avait toujours sa vieille platine dans la cave, non loin de ses posters de Jimi Hendrix et de Zappa Crappa. En l'écoutant, il a failli perdre la tête. Le lendemain, il est retourné chez le même disquaire à la recherche d'autres vinyles de Dial-A-Poem. Il en a trouvé deux. L'un d'eux avait une longue liste de noms au dos, certains célèbres, d'autres qu’il ne connaissait pas. Il a acheté les deux disques et une heure plus tard, pour la première fois de sa vie, il découvrait l'art de Laurie Anderson, dont il n'avait jamais entendu parler auparavant. C'était en 1978. Sa contribution était un morceau appelé "Time To Go". Il a changé sa vie. Ou du moins, c'est ainsi qu’il s’en souvient. Il était jeune, et il y a eu beaucoup de moments comme celui-là à l'époque. De nos jours, ces moments peuvent être vécus en quelques secondes, d'un simple clic. Ce soir-là, il s’est promis qu'un jour, d'une manière ou d'une autre, il se lancerait dans un projet "Words & Music" qui pourrait émouvoir les gens de la même manière qu’il a été ému lorsqu’il a découvert pour la première fois Laurie Anderson, Robert Wilson, Christopher Knowles, William S. Burroughs, Allen Ginsberg, Gregory Corso, Anne Waldman, John Ashbery, le grand Charles Olson, et tant d'autres. Les mots, pour la toute première fois, avaient exercé le même pouvoir que la musique. C'était viscéral. Tout comme la musique. C'était profond. John Giorno est décédé en 2019, mais il a fait vivre la poésie comme personne. Kramer a eu la chance de passer un peu de temps avec lui au début des années 1980, lorsqu’il était brièvement membre du groupe The Fugs et qu’il se retrouvait souvent entouré de ceux que Ginsberg appelait les plus grands esprits de sa génération. Ed Sanders (qui avait amené Kramer dans ce milieu) lui a dit un jour que lorsqu'il venait à New York, il était facile d'aller dans un café ou à l'église St Marks et d'entendre Burroughs, Corso, Ginsberg et tous les grands lire leur poésie. Il disait que même si vous n'étiez qu'un clochard dans la rue, vous pouviez vous approcher d'eux et entamer une conversation. Ils étaient totalement accessibles, s'ils étaient de bonne humeur à ce moment-là. Il a fallu quatre décennies à Kramer, mais mieux vaut tard que jamais, il a finalement réalisé Words & Music, Book One

LP, Album, blanc 26,00