Michel Magne - UN SINGE EN HIVER


SEPTEMBRE 2021


Au début des années soixante, Michel Magne est déjà un nom reconnu mais il porte encore une étiquette rive gauche, certainement à cause de ses musiques d’avant-gardes (Musiques Tachistes), ses collaborations avec Françoise Sagan, ainsi que sa mise en musique de textes de Jacques Prévert, Charles Péguy et Bernard Dimey pour le magnifiquement christique, La Mort d’un Homme (Chemin de Croix) (sur Barclay en 1961). La donne change soudain avec ses compositions pour le film Gigot, réalisé par Gene Kelly avec Jackie Gleason, le roi de la mood music, redécouvert aujourd’hui grâce à des personnalités telles que Joseph Lanza et Boyd Rice. À la nomination des Oscars, le nom de Michel Magne est cité ; ce qui lui ouvre les portes d’Hollywood, mais peu enthousiaste à l’idée de devenir un californien, il préfère rester à Paris. C’est ainsi qu'auréolé de sa nouvelle gloire, un cinéma plus grand public lui fait les yeux doux. À commencer par Henri Verneuil pour Un Singe en Hiver avec en vedette rien de moins que le plus grand nom de l’époque, Jean Gabin et un jeune qui monte, Jean-Paul Belmondo. Quel cinéma populaire n’avons-nous pas là ! avec des dialogues d’Audiard d’après un roman d’Antoine Blondin. Une qualité française que n’appréciaient pas les tenants de la nouvelle vague sous emprise idéologique. Alors que ce cinéma de papa n’est rien de moins que le reflet d’un certain esprit de fronde gauloise, à la fois farouchement individualiste et qui, revenu de toutes les idéologies, n’a pas envie à l’instar de la chanson de Brassens de « mourir pour des idées ». La musique de Magne reflète les dérives nostalgiques d’Albert Quentin (Jean Gabin) qui après une jeunesse aventureuse passée sur le Yang-Tse-Kiang, vit « rangé des voitures » avec sa femme Suzanne (Suzanne Flon) rencontrée à la Bourboule et qui s’occupe de la destinée de l’hôtel Stella à Tigreville (en réalité Villerville dans le Calvados normand), et de Gabriel Fouquet (Jean-Paul Belmondo) jeune publicitaire qui a brisé son coeur à Madrid. Tout le génie de Magne se situe dans l’évocation de l’Espagne ou de la Chine, non pas telles qu’elles l’étaient à l’époque, mais telles que se les représentent ces deux protagonistes qui n’ont pas « le petit vin, ni la cuite mesquine ». Deux rêveurs qui s’offrent une parenthèse enchantée qui, « o tempora, o mores » n’ont pas à se soucier des antispécistes (apologie de la tauromachie), des concepts de réappropriation culturelle (Chine et Espagne de carte postale) et de loi Évin (saoulographie élevée au rang des beaux-arts). Voilà un bien bel album que vous pourrez vous repasser chaque fois que des bien-pensants s’en prendront à vos libertés fondamentales.

lp 25,00

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