Nick Cave / Warren Ellis - The Assassination of Jesse James By The Coward Robert Ford

La déjà culte B.O. par Nick Cave et Warren Ellis de l'excellent film de Hugh Ross avec Brad Pitt et Casey Affleck enfin en vinyle !
« A l’image de son propre musée fantasmé dans « 20 000 jours sur Terre », Nick Cave a cherché toute sa vie à laisser une trace. Depuis sa plus jeune adolescence où il se lança avec peu de succès dans la peinture, il était clair que l’art était pour lui la porte d’entrée dans les mémoires collectives. Malgré le succès de son premier groupe Australien, Birthday Party, Cave reste très critique vis-à-vis de son travail et refuse de se cloisonner dans le mouvement punk de l’époque. Pour lui, être défini par sa condition de chanteur serait comme synonyme d’échec. Berlin sera la première ville à lui offrir une entrée dans l’univers du cinéma à travers un essai cinématographique aujourd’hui invisible: « Die Stadt ». Œuvre suivant plusieurs habitants déambulant dans la capitale allemande entrecoupée d’images de Cave en pleine session d’enregistrement. Très vite, il devient, semblable à ses performances, une vraie figure cinématographique capable de vampiriser un écran et de donner corps à cette ville. Et cela, Wim Wenders le comprend bien quand il fait appel à lui en 1987 dans « Les ailes du désir ». Cela accouchera d’une séquence atmosphérique de cinq minutes, où Cave le temps d’une chanson recouvre son éducation chrétienne via cet ange qui l’observe de loin telle une bête sauvage au son de « From Her to Eternity » . Mais c’est à un autre Australien, John Hillcoat, qu’il doit sa première participation significative dans un film avec « Ghosts of the civil dead » , sorte de film précurseur à la série « Oz » de Tom Fontana, une œuvre carcérale radicale qui explore la folie de l’âme humaine. A cette époque, Cave a déjà à son actif un recueil de poésie et l’écriture de son premier roman, mais Hillcoat ne se contente pas seulement de le faire venir pour des raisons musicales et lui confie la réécriture de certaines scènes, intéressé par son point de vue et son expérience carcérale. Il ira même jusqu’à lui donner son premier rôle de fiction, Maynard, un personnage rebelle et torturé, alter ego poussé à l’extrême du musicien. S’en suivront 17 ans où Cave restera éloigné du cinéma (à l’exception de deux petits rôles dans des films désormais introuvables), pour se concentrer essentiellement sur sa collaboration avec les Bad Seeds. Cave profitera de cette période pour faire ressortir ses talents de conteurs à travers plusieurs albums marquants, à l’image de « Murder Ballads » , véritable poème romantique sur le crime passionnel où l’on peut entrevoir la passion de l’artiste pour l’univers criminel. Quand Hillcoat revient chercher Cave en 2004 pour « The Proposition » , il a tout d’abord dans l’idée de lui confier la musique de son western crépusculaire puis comprend très vite que Cave est l’homme idéal pour dépeindre cette tragédie fraternelle teintée de colonisation. La chose qui ressort le plus dans l’écriture de Cave est cette volonté de toujours se placer du mauvais côté du récit pour en faire ressortir son humanité, il refuse tout manichéisme, montrant que les hommes sont tout d’abord définis par les choix qu’ils font et non par leur positionnement dans l’histoire. Il ira même jusqu’à brouiller complètement les cartes en leur opposant systématiquement une loi prête à tout pour les façonner à son image, questionnant ainsi la vrai nature du « mal », thématique récurrente de ses albums. Mais il est important de citer une autre personne très importante dans la musicalité cinématographique de Cave telle qu’on la connaît aujourd’hui: Warren Ellis. Ellis, qui a rejoint les Bad Seeds en 1995, a su au fil du temps développer une vraie complémentarité musicale avec Cave. La où Cave s’occupe des textes, Ellis aura réussi à introduire une touche de lyrisme plus travaillée dans la partie instrumentale du groupe tout en respectant sa cohérence. A tel point que Ellis aura signé la majorité des soundtracks sur lesquelles apparaît Cave depuis « The Proposition » . Je conseille fortement à ce titre les deux films récents consacrés à l’artiste, « 20 000 jours sur terre » du duo Pollard/Forsyth et « One more time with feeling » d’Andrew Dominik veritable chef d’oeuvre. On y voit un Ellis véritable numéro 2 du groupe, gérer avec Cave la direction de chaque morceau, de ses prémices à l’enregistrement. C’est à travers ces deux documentaires que Cave questionnera l’héritage de l’artiste et sa place à l’intérieur d’un processus créatif. Ce qui est intéressant dans la vision de ces deux films, c’est à quel point ils peuvent être différents dans leurs tonalités et leurs formes. L’un est un essai écrit par Cave qui oppose des images quasi-documentaires à des scènes fantasmées, le décrivant comme une sorte d’idole christique qui se voit traversé par les fantômes de son passé. On sent que Cave s’amuse à brouiller les frontières de la vérité et de la fiction tout en délivrant un réel message sur la création de son œuvre. Dominik quand à lui centre essentiellement son propos sur la perte, filmant un Cave plus humain qui ne se cachera derrière aucune condition d’artiste face au drame qu’il vit. Derrière le choix évident de Dominik pour injecter une dimension cinématographique au tout, on sent que Cave veut délivrer un instantané sincère de sa vie, tout en créant une continuité avec « 20 000 jours sur terre » à travers l’utilisation de la voix-off. Mais ici, plus question de faire passer un message, juste de constater que la tragédie n’est pas l’apanage de l’art. Cave a clairement une place particulière dans l’industrie cinématographique actuelle. On sent en lui une réelle motivation de touche à tout qui cherche à étendre son art à divers niveau, qu’il soit scénaristique, musicale ou tout simplement devant la caméra. On s’étonnera presque de ne pas l’avoir encore vu passer le cap de la réalisation, préférant déléguer cette partie à sa fratrie australienne, comme pour retrouver une partie du pays qu’il aura quitté quelques décennies plus tôt. » Sébastien, client Balades Sonores
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