WHATEVER THE WEATHER - WHATEVER THE WEATHER


8 AVRIL 2022


Loraine James n'a pas chômé en 2020, traitant les turbulences de l'année à travers son art. La productrice du nord de Londres a lancé une émission mensuelle sur la radio NTS, a partagé plusieurs projets sur Bandcamp et a enregistré deux sorties sur Hyperdub, l'EP Nothing et l'album Reflection qui fait suite à sa percée de 2019, For You and I qui a valu à Loraine, alors professeure assistante, la première place sur les tops de fin d'année de Quietus et DJ Mag. Elle revient également sur un terrain créatif distinct, inexploré depuis son adolescence. À l'opposé de ses sensibilités de musique de club, ce mode accueille les improvisations au clavier et les expérimentations vocales, renonçant à la structure percussive en faveur de l'élaboration d'atmosphères et de tons. De cet état d'esprit divergent ont émergé de nouvelles coordonnées et de nouveaux climats, une nouvelle identité : Whatever The Weather. Fan de longue date d'artistes de Ghostly International proches de l'ambient, tels que Telefon Tel Aviv (à qui elle a demandé de masteriser l'album), HTRK (dont la chanteuse Jonnine Standish figure sur Nothing) et Lusine (dont elle a remixé un morceau début 2021), Loraine James a vu dans le label le lieu idéal pour cet album éponyme de morceaux aériens et évocateurs qui commençaient à se former. Le tracklisting de Whatever The Weather fonctionne par degrés, des paramètres simples lui permettant à de se concentrer sur les nuances comme vecteurs d’ambiances. Son univers suspendu fluctue ; il gèle, dégèle, oscille et s'épanouit d'un morceau à l'autre. Elle décrit son approche basée sur l'improvisation comme étant fluide, allant et venant au gré de l’inspiration, laissant son subconscient mener la danse. Les improvisations ont une fluidité intrinsèque, comme divers phénomènes météorologiques soudains qui passent au-dessus d'un même environnement - le lieu semble fixe alors que les conditions varient. L'album s'ouvre à "25°C", une pluie de soleil composée de doux bourdonnements et de touches de synthés. En tant que morceau le plus long, il sert à établir la stabilité, le point d'inflexion où tout mouvement au-dessus ou au-dessous de cette brise tempérée brise la félicité. Étant donné son penchant pour le chaos organisé dans ses productions, cette scène est fugace, naturellement. Depuis cette utopie, nous plongeons vers la lecture la plus mélancolique du cadran, "0°C", dont la ligne de synthé isolée traverse une grêle de beats métalliques et de statique. Ensuite, le cadran saute pour le morceau propulsif "17°C". Comme un timelapse du printemps en ville, le single accélère à travers une frénésie d'images ; des klaxons de voitures, des crissements de freins et des bavardages sur les passages piétons remplissent les pauses entre les soubresauts rapides des percussions multiformes. Pour certaines parties de l'œuvre, Loraine s'oriente vers le néoclassique, livrant des vignettes pensives de piano en cascades et de delay chaud. "2°C (Intermittent Rain)" termine la face A sur une boucle courte et orageuse ; il en résulte un sentiment de reset dans l'ouverture de la face B, "10°C". La productrice se mêle intuitivement à l'orgue en écho, se verrouillant et abandonnant des rythmes atypiques qui suggèrent ses intérêts pour le jazz. "4°C" et "30°C" montrent l'étendue des expérimentations vocales de James. Dans le premier cas, elle hache et fait monter sa voix pour obtenir un effet rythmique d'un autre monde, tandis que dans le second, elle se montre plus directe (elle cite Chino Moreno de Deftones et Mike Kinsella d'American Football comme sources d'inspiration), chantant tendrement et librement pendant presque toute la durée du titre avant que les rythmes ne s'entrechoquent sur le morceau culminant. Whatever The Weather s'achève sur "36°C". Bien qu'il évoque une chaleur étouffante, le morceau s'écoule confortablement sur un refrain de synthés et constitue un excellent point final à cette collection évocatrice, qui a commencé dans un état similaire. Cyclique, de saison et imprévisible, fidèle à son titre.

Lp, Album 23,00