Disque

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Robi

Sur les six chansons de ce premier maxi, changeantes comme la météo de mars, belles ou ravageuses ou les deux à la fois, capiteuses et cinglantes, la Parisienne marie sa poésie sobre et enivrante au langage insaisissable des sens, crée un dialogue permanent entre l’amour et la douleur, la vie et la mort, l’obscurité et la lumière, les corps qui se frôlent et les âmes qui se lient. Sur ces six titres fauves et majeurs, Robi découvre une terra incognita intime et universelle à la fois, dont nous n’avons encore exploré que les premiers reliefs.

 » ROBI est une jeune femme qui plutôt que de chanter le miel, plante ses ongles dans le dos des chansons, hache les phrases, respire fort.

Enfin, à quelques endroits, des mots exultent, éclosent douloureusement en verre brisé aigu dès qu’ils surpassent la profonde brume de son chuchotement.

A l’écoute, le frisson, la piqure. Le ventre habité de ce que ses chansons révèlent de désirs aigres à force d’être puissants. « Je te tue » qui ferait suite à un muet « je t’adore… ».

« oh chéri chéri… » urgent et brûlant comme la tendre impatience du ventre vide de l’amour.

Quelle piquante inauguration que ce susurré-crié « oh chéri chéri… » qui se mesure au gris et gentil « oh oh chéri » que Françoise Hardy chantait aveugle et juvénile en 1962. Robi comme son pendant flamboyant, une diablesse en train de chanter l’amour.

En miroir des histoires de jeune fille éperdue, Robi fait de ses chansons d’audacieuses comptines sexuelles et majeures.

Langoureuse et furieuse prière que ce fragile et délirant « oh chéri chéri tu m’aimes… »…

Inlassable, inondant souvenir, hypnotique, chantant les couplets à toute allure, auditeur éperdu, piqué, tué…encore…

Robi mitraille, égrène des chansons très courtes faites de halètements au cœur desquels on ne distingue pas les mots interdits.

Quelques accords sobres et traînants, comme saouls. Rappelant un chant de femme seule au milieu d’un désert mouillé, départi de son sacré enfer.

Dépouillés et aigus, les paysages dessinés par la voix tantôt frêle comme poussée à son excès, tantôt gourmande, définitive.

Enrobée de peu d’instruments, arrangée calmement, la voix maîtresse, comme de peur qu’elle fasse crisser, pousser les cordes dans leurs limites ; des guitares en dérapage.  Sa voix est accompagnée de grincements et décline des angles de rues, des regards en coin.

Robi chante les voiles déposés sur les images par les rêves et l’épuisement. Comme une créature de la nuit rétive à la pleine lumière.

Des chansons froides, au foyer secret gardé jalousement, brûlure cachée.

Robi chante, tout roule dans une atmosphère de « c’est foutu ». »

Flore Avet

 

Robi

Je te tue