Disque

artworks-000109645614-kt55xt-t500x500

Ütopiya? (Sub Rosa)

Le deuxième album du trio post-rock repose sur un univers plus terrien, bâtissant avec des textures sombres et des constructions progressives un paysage inquiétant duquel se dégage une force abrupte.

« Il existe, nous dit-on, ces oiseaux qu’on ne peut apercevoir qu’en mer, quand la tempête approche. Mais c’est évidemment plus compliqué que ça. Si l’arrivée du déluge les révèle, pour les marins, ils en sont l’émissaire. Alors qui crée qui au final si chacun fait exister l’autre ?

C’est la mer Méditerranée que Oiseaux-Tempête a choisi de sillonner. En 2013 ils ramenaient d’un voyage en Grèce avec l’artiste Stéphane Charpentier les éléments d’une déflagration annonçant la contagion d’un bouleversement politique dont il est assez facile à présent de mesurer l’embrasement. Un premier album fait de tensions, qui assumait ses langueurs cycloniques aux atours cinématographiques comme ses explosions orageuses. Un disque positionné dans le constat.

Non seulement Ütopiya? poursuit ce travail, mais il l’étend. Il parcours la Méditerranée (Istanbul et la Sicile, notamment) pour nourrir d’énergie un disque urgent et indomptable. Là où des structures très ascensionnelles positionnaient d’une certaine manière le projet du côté du post rock, l’explosion des structures le rapproche désormais plus explicitement du free jazz, cependant que le caractère beaucoup plus direct (que ne trahit pas l’intervention de G.W. Sok de The Ex) situe presque la démarche dans son ensemble du côté du punk. En outre, la présence de la clarinette basse de Gareth Davis renvoie aussi bien aux expérimentations les plus rugueuses d’Akosh Szelevényi qu’au Fun House de The Stooges.

Plus ou moins postalement ancré à Paris, Oiseaux-Tempête est le fait de la rencontre entre le binôme formé de Stéphane Pigneul et de Frédéric D. Oberland, qui officient également tous les deux dans le projet de poésie sonore FareWell Poetry et dans le gang de boucan improvisé Le Réveil des Tropiques, et de Ben Mc Connell, qu’on a pu voir jouer avec Beach House ou Marissa Nadler.

Pour Ütopiya?, le groupe s’est enrichi de la clarinette basse virtuose de Gareth Davis (qui collabore de manière régulière avec Elliott Sharp ou Machinefabriek). »

Nicolas Chapelle