Disque

Impression

La Cavale - Oh Chérie Prod / Disques de Joie / At Home

Robi livre son deuxième album, La Cavale, écrit et composé pour la première fois entièrement seule. Ce nouvel opus, tout en contraste et d’une noire incandescence, s’impose comme la suite logique et audacieuse de son premier album, L’Hiver et la Joie, qui la révéla grâce à quelques envolées pop moderne (“On ne meurt plus d’Amour”, “Où suis-je”, “Je te tue”), un duo mémorable avec Dominique A (“Ma Route”), ou une reprise de Trisomie 21.

Saisissante entrée en matière, “L’Eternité” donne le ton (“tout s’écroulait, tout s’effondrait sous mes pas, plus rien n’existait, le passé ne me survivrait pas”) et jette des ponts entre l’after punk et la langue française la plus sinueuse (Alain Bashung, Noir Désir). Voix crue, vérité sans fard, choc frontal. “Ce disque est plus assumé, plus nu aussi, comme un aveu d’être”, confie-t-elle. Nous voilà prévenus, La Cavale ne s’écoutera pas d’une oreille distraite. Emmené par un enchevêtrement de guitare, de basse et de clavier digne de feu Joy Division, “Love Will Tear Us Apart” en tête, toute notion de temps évanouie, l’abandon peut commencer. Et quiconque a un jour assisté à l’un de ses concerts, ou simplement posé l’un de ses disques sur sa platine, comprendra : Robi ne joue pas, elle vit, passionnément, de tout son être, sans retenue. Plus le propos se fait aride, plus le chant semble charnel, et lorsqu’une boucle martiale survient, aussitôt un clavier vintage délivre toute sa chaleur à l’ensemble.

Il s’agit dès lors d'”Etre là”, suspendus à cette voix grandie en terre africaine, revenue de rien et qui n’a de cesse de chanter l’instant. Cette lancinance vaudou en est la parfaite illustration, entre guitare cubiste et batterie menée aux balais, d’un minimalisme cher à Timber Timber. Et s’il y a un risque de “Devenir Fou”, alors que ce soit d’amour pour cette écriture belle, noire et claire comme la danse du Sabbath. Avec “Nuit de Fête” et son synthétiseur qui chemine en spirales, la transe est proche, qui nous verra Danser la danse de vivre, au chavirant mélange d’analogique et de synthétique où Robi semble trouver sa propre harmonie. “Mettre en balance le chaud et le froid. Il n’y a pas de recette pour ça, c’est évidemment très empirique et subjectif. J’en ai été habitée pendant toute l’écriture, la composition et les arrangements de l’album.

Merveille inquiète, “Le Vent” s’accroche jusqu’au jusqu’au dernier souffle à l’unique liberté d’être soi et, dans ses manières de Metronomy, “A cet Endroit” s’envole. S’ensuit un triptyque digne de l’outre-noir inventé par Pierre Soulages pour se jouer de la lumière : “Le Chaos”, “A Toi”, “Par Ta Bouche”. Démesure affective sur fonds de cordes imaginaires – Robi semble en référer à “L’Imprudence”, la grande œuvre de Bashung –, ces trois facettes d’’une même fracture évoquent également Portishead ou Young Marble Giant – mais mémoire et fuite du temps… Comment ne pas songer aussi à Bertrand Belin, dont la batteuse apporte ici quelques belles envolées rythmiques ? “Il y a quelque chose de très climatique, presque cinématographique dans cet album”, dont la chanson-titre, “La Cavale”, conclut le voyage à la façon d’une course frénétique, sur fonds de choeurs que l’on jurerait échappés de Rosemary’s Baby.

Jamais freinée par les références qu’on lui prête, Robi s’est simplement évadée sous nos yeux… Et rarement aura-t-on entendu de ce côté ci de la Manche et de l’Atlantique telle volonté d’aller à l’essentiel, de se départir du superflu.