Disque

Salsa Cinderella

Salsa Cinderella

La Lecture de Disque, de Flore Avet

Un jour, je suis devenu trop grand pour qu’il continue à me regarder, tendrement sans me parler.
Il a changé de regard sur ce visage qu’il regardait depuis des années tendres.
Un jour, un moment en tout cas dont le début et la fin restent flous, il a formé des phrases en forme de révélations, et je suis devenu un homme, mon père m’a serré contre lui comme un être libre, secret et aimé.
Il avait des tas de cachettes, des chemises colorées, conservées de lorsqu’ il était jeune, des airs à la radio, une rugosité de la vie qui étaient peu à peu devenu moi.
Il y eut une après midi de vent et de chaleur, nous roulions tranquilles, sans pendule, il m’emmenait dans un de ses lieux personnels en parlant fort par dessus la musique, l’atmosphère, par dessus les guitares, le vent, le bruit des autres.
Sa voix était toute fine mais je savais tout ce dont il me parlait, c’était la vie, avant, il parlait de cette grande blonde tombée d’ivresse et de fatigue sur un canapé, son chignon, son calme, sa beauté et sa confiance. Il parlait ensuite des promenades sous la pluie, en répétant « on riait, on riait, qu’est ce qu’on était libres ».
Il me parlait de ses secrets, de ses histoires initiatiques, des voyages et de l’air ambiant.
C’était mon tour, de le regarder tendrement en silence, nous installer confortablement dans la vie, et murmurer en cœur.