Disque

South Atlantic Blues

SOUTH ATLANTIC BLUES (St Cecilia Knows)

Scott Fagan a 21 ans quand il enregistre à New-York, sans le sou et presque sans abri, ce chef d’oeuvre passé injustement à la trappe de l’histoire de la musique. Mystique, mythique et profondément émouvant, c’est pourtant le genre d’album que certains singers-songwriters mettent leur vie à composer.

Dès sa jeunesse « économiquement difficile » dans les Îles Vierges, Scott Fagan se fait attentif à la pauvreté qui l’entoure et cultive ses talents de compositeur afin de chanter l’injustice du monde. Fils d’un saxophoniste et d’une chanteuse, il est bercé par la musique dès l’enfance, dans une maison toujours remplie de jazzmen. Une passion qu’il transmettrait lui-même à son fils, puisqu’il est le père de Stephin Merritt, des Magnetic Fields.

Avec cette ré-édition soignée de ce disque plein d’âme, à la fois fragile et habité, c’est la deuxième fois que l’histoire essaie de redonner sa chance à ce chef d’oeuvre maudit. En effet, en 1970, soit deux ans après sa sortie très confidentielle, le peintre Jasper Johns, alors très en vogue, s’en était entiché après l’avoir trouvé dans une beine à ordure, au point d’en faire une série de peintures, de suite exposées au MoMa de New York.

Ça n’a malheureusement pas suffit, et la carrière de Scott Fagan, si elle offrit à la musique un répertoire riche de chansons intemporelles, ne trouva jamais son public. Black listé par le milieu après un opéra-rock consacré aux turpitudes de l’industrie musicale, Fagan n’a pas pour autant vieilli dans l’aigreur, la belle éducation qu’il a donné à son fils n’en est qu’une preuve.