Disque

She Owl Animal Eye

Animal Eye

She Owl, c’est un igloo en Alaska : une chose qui nous dépayse et nous trouble par son étrangeté, tout en nous réconfortant par sa chaleur. Une bouffée d’air frais chaleureuse, un paradoxe magnifique, une soupe miso en hiver : un voyage.

Le premier mérite de She Owl, c’est de nous sortir de notre zone de confort. Avec Jolenda et Demian à la harpe alto, à la kalimba ou encore à l’harmonium indien, pas question de retrouver les sons de guitares folk réconfortants mais si familiers à nos oreilles.

De toute façon, le chant de la dame a le chic de s’imposer à nous : implacable et puissant sans toutefois rien perdre de sa crédibilité, il nous a presque tout de suite, sans efforts. Ensorcelante, Jolenda oscille du grave à l’aigu, jouant de sa voix cristalline pour mieux se perdre ensuite dans les méandres du grave (About The Sea). Un peu comme si elle jouait avec ses propres limites avec une aisance pourtant presque ridicule, Jolenda nous touche en plein cœur, telle une grande prêtresse ayant vécu sept, dix, peut-être même treize vies. Aussi, le jeu des percussions vient-il subtilement rehausser la grâce onirique pourtant déjà évidente du chant et amener une atmosphère sauvage aux chansons.

She Owl pourrait tomber dans la démesure, en faire trop et nous épuiser : il n’en est rien. C’est là leur deuxième mérite. Ici, la puissance n’annihile pas la délicatesse (on pense au sublime Universe), et l’extravagance est au service de la sensibilité. L’album est sombre sans être pesant, majestueux mais pas grandiloquent. De façon décomplexée, Jolenda explore les différentes palettes de sa voix sans jamais nous perdre une seule fois. Tantôt féline, tantôt reptile, la musique est définitivement animale, Animal Eye porte donc bien son nom.

Avec She Owl dans nos oreilles, les trajets en métro sont des promenades en forêt indienne, des traversées du désert, des excursions en pleine savane.