Disque

The Married Monk - The Belgian Kick

The Belgian Kick

En 2004, voici ce que Les Inrockuptibles disaient du Belgian Kick des Married Monk :

“Avec The Belgian Kick, les Married Monk sont resserrés au maximum, à trois dans la cabine. Et si l’album se barre encore dans toutes les directions, la maîtrise des boussoles et des cartes paraît au fil des titres bien plus totale.

Commençons par les citations, deux reprises qui balisent parfaitement le champ d’inspiration de l’album. D’un côté, un John Barry bondien (You Only Live Twice), interprété d’une voix de pénombre qui lui procure une dimension quasi cold-wave absente de la version Nancy Sinatra. De l’autre, un Captain Beefheart de 1974 (Observatory Crest) qui démarre tout en douceur floydienne et se déniaise à grands renforts d’impro free-jazz.

Deux monuments, deux tours, à l’ombre desquelles les propres bâtisses des Married Monk couraient le risque de se laisser écraser. Il n’en est rien, et dans un registre atrabilaire à la Mark E. Smith (The Fall), Quermalet pose d’emblée ses marques sur Tell Me Gary où, sur fond d’electro rock vicié façon Eno 73, l’afflux de noms et de symboles (Hunky Dory, Johnny Cash) démontre que ces moines-là n’ont peur d’aucun défi. Les chansons qui suivent, souvent troussées comme des princesses, vont confirmer la hauteur du débat : Love Commander et son refrain-étreinte dont on ne se défait pas aisément, le talk-over tendu de The Belgian Kick sur fond de soundtrack pour thriller borgne, Totally Confused qui rappelle les meilleures ballades malades de The The.

Le plus spectaculaire reste à venir avec un Pretty Lads à l’impeccable mécanisme disco que vient détraquer une mélodie pop à trimballer partout avec soi, et pas très loin derrière, un deuxième tour du même manège avec le moins accrocheur Skip The Summer. Mais ce qui bluffe surtout chez les Monk, en dehors de la valeur propre de chacune de leurs chansons, c’est leur parfaite maîtrise de la production, au point de rivaliser avec les plus grands labos internationaux dans leur capacité à marier vieilles écritures et grammaires modernes. Les manquer une nouvelle fois aurait quelque chose de criminel.”

Une décennie plus tard, on s’aperçoit que la qualité de l’album n’a pas pâli. Du coup, il serait peut-être temps de vraiment donner sa chance à ce magnifique objet de pop alambiquée et émotive, non ? Enfin ré-édité par Gonzai et pour la première fois en vinyle, voilà l’occasion idéale de lui rendre justice.