Disque

Tricatel RSVP

Tricatel RSVP (Tricatel)

Cela fait maintenant deux décennies que Tricatel s’efforce avec brio à perpétuer une tradition très française d’une musique d’artisans dont la chaloupe n’a d’égal que l’élégance, ce que cette excellente compile de met en valeur.

Dignes héritiers des figures tutélaires du French groove que sont Jean-Claude Vannier et François de Roubaix, les musiciens de Tricatel possèdent un savoir-faire que leur gourou Bertrand Burgalat dirige d’une main géniale. Enfermé cinq jours dans les studios de la Red Bull Music Academy de Paris, voici donc le gratin de l’écurie parti pour jammer avec, on l’imagine, une frénésie joviale et un plaisir communicatif.

À la découverte de cette compilation, c’est d’abord le son qui émerveille : enregistré avec le meilleur du matériel d’hier et d’aujourd’hui, il est riche, propre, chaleureux, vivant, brillant… Bref, tout sonne à la perfection. Ensuite, c’est le casting des chanteurs et des solistes qui étourdit : le bien-aimé Doug Hream Blunt, enfin sorti de l’obscurité de l’oubli (voir notre article ici), le toujours très inspiré Shawn Lee, l’envoutante Alice Lewis, les tamponnés Tricatel Chassol, Jef Barbara et April March, sans oublier l’ingénu Julien Gasc et l’incorrigible et perturbant Fuzati, qui nous offre un des climax de la compile, aux paroles marquées d’un romantisme sexuel et désabusé dont il a le secret :

Alternant les morceaux resserrés, plutôt pop-funk et mélodiques, et des plages plus instrumentales qui laissent la part belle à l’improvisation et au toucher humble et impeccable des musiciens, Tricatel RSVP ne sombre jamais dans l’auto-satisfaction, évitant l’écueil des musicos qui se congratulent entre eux, entourés de matériel hors de prix. Car en effet, si le casting est premium, on n’a jamais affaire à une bataille d’égos, mais plutôt à la réunion harmonieuse et joviale de musiciens complices, dont le plaisir d’être ensemble se communique gracieusement à l’auditeur.