Disque

Tristen

Mars en Marche

La lecture de Flore Avet : 

« Ils étaient vingt-deux.

Vingt-deux, ils tournaient, dans ma tête, comme autour du soleil.

L’attraction.

J’essayais de me souvenir, par différents moyens, les syllabes, leurs attributs, un moyen de les faire miens.

Je ne réussissais pas. Toujours, noyée sous les sons métalliques et les pressions des batteries circulaires. Il y avait trop de bruit pour penser.

Vingt-deux bruits.

Je ne pensais qu’à des choses impossibles et imaginaires : des combinaisons en cuir, des vaisseaux dans la nuit, des ciels d’étoiles, vingt-deux étoiles particulièrement brillantes bien sur.

Je voyais des choses futuristes alors que j’essayais de penser multiple.

Alors.

Alors j’ai cessé, je me suis détournée de la pensée efficace. J’ai abandonné mon sujet.

Occupée ailleurs, la tête dans la botanique peut être, loin des dieux romains, dans la pâtisserie peut être ; l’idée m’est venue.

Pas les vingt-deux noms, mais une idée. Qu’un seul d’eux tous chantait à la fois.

Il faisait tant de grand bruit, j’étais si suspendue à lui, ça ne pouvait être que Mars, qui ouvrait la marche. »

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Hommage dérisoire rendu à Mars, le dieu romain de la guerre et de la fertilité, Mars en Marche se joue de l’imaginaire masculin. Tristen y feint la colère dans des murder songs hallucinées : « le lustre » et son lustre sui- cidaire, « la pluie horizontale »et son infirmière un rien dangeureuse, « ce qui reste de toi » et sa fin ménagère. Il y joue l’ingénu dans d’étranges love songs : « La femme qui ne souriait jamais », « En solitaire ». Il se met aussi à nu dans des sad songs à la délicatesse surréaliste : chevauchée messianique dans « Laisse pleurer les hommes », poésie banlieusarde dans « Les boîtes aux lettres ».

Guitariste, bassiste, batteur, touche-à-tout, Tristen utilise tout l’arsenal du musicien bricolo pour réaliser un album aux sonorités subtiles et charnelles. Ses arrangements audacieux et personnels permettent le mariage aventureux mais assumé de différentes influences. Mars en Marche célèbre la rencontre de Stereolab et d’Abba, d’un Mathieu Boogaerts et d’Arcade Fire, d’un Albin de la Simone et de Karkwa. Comme il le dit lui même : « J’aime beaucoup Tortoise et Mike Patton, mais bon, faut pas oublier Véronique Sanson non plus ».

Tristen signe la plupart des musiques et prend part à l’écriture des textes de cet album qu’il partage avec sa bande de copains – musiciens et auteurs de la scène rock indé parisienne – avec qui il se produit depuis quelques années : Bénédicte Monat (Blanche as a Name, un duo avec Tristen publié aussi par Bleeding Gold Records) qui prête même sa voix dans quelques chansons, Charlotte Gérand (Chérie ++), Loic Carron (Chérie ++, Yéti Lane, Cyann and Ben), Yann Giraud (Porco Rosso), Julien Cortes (Querencia, Erevan Tusk), Dominique Pascaud (Alex Rossi, Sandy Trash), Pacôme Genty (Rose Ttacet, Erevan Tusk, Mascara Snake).