Description
Quiet Pieces inaugure le label personnel d’Abul Mogard, Soft Echoes, avec un autoportrait sonore tout en calme, en contemplation, et en paysages intérieurs discrets rendus audibles. Il s’agit de son premier album solo en vinyle depuis quatre ans. À recommander aux amateurs d’Alessandro Cortini, William Basinski ou The Caretaker.
C’est en replongeant dans des archives oubliées de projets inachevés qu’un événement inattendu a donné naissance à l’album : la découverte d’une collection de disques 78 tours de musique classique et d’opéra, ayant appartenu à un oncle récemment disparu. En les écoutant à des vitesses ralenties – 33 ou 45 tours –, Mogard a recomposé leurs spectres persistants en les mêlant à ses propres esquisses sonores. Il en résulte un paysage auditif où les souvenirs se confondent, les siens et ceux d’un autre, dans une lucidité troublante, à la frontière du rêve éveillé.
« C’est un processus que je n’avais jamais exploré auparavant. J’ai commencé à échantillonner de courts passages de ces disques, à les manipuler avec des effets de studio, à les ralentir. Bien souvent, je ne savais même plus à quoi ressemblait la musique originale. Ces fragments, une fois transformés, sont devenus des déclencheurs pour de nouvelles compositions. Et peu à peu, les anciennes pièces de mes archives et ces nouveaux matériaux se sont mis à dialoguer naturellement. »
Les morceaux qui en découlent évoluent dans un espace liminal, à la croisée de l’ancien et de l’encore plus ancien. Des vagues amples de silence et de saturation oscillent entre consonance et dissonance, évoquant la grandeur en décomposition abandonnée aux éléments par une humanité trop décadente. Les paysages sonores d’Abul Mogard, vastes et semblant laissés à l’abandon, demeurent pourtant intimes, traversés de frissons timbriques et de distorsions à la limite du supportable. Évanescents mais tangibles – comme la bruine ou le smog – ces sons éveillent des sensations presque olfactives, dans une forme rare de synesthésie émotionnelle, marque de fabrique saluée depuis ses débuts.
L’album sonde avec délicatesse la fidélité du souvenir et du rêve, dans une trajectoire qui va de l’immobilité symphonique et solennelle de Following a dream à la brutalité presque industrielle et sans attaches de Constantly slipping away, silhouette menaçante jamais tout à fait dévoilée, jusqu’au sombre coda de Like a bird. Ces pièces semblent protéger le cœur sentimental du disque : la lumière et l’ombre s’y affrontent dans In a studded procession, qui atteint un sommet panoramique bouleversant, tandis que Through whispers évoque une expérience extracorporelle d’une poignante intensité.
Avec le recul, Mogard identifie une influence inattendue :
« Je me suis rendu compte que j’avais été inspiré par Phill Niblock, que je connaissais à peine de son vivant. Après son décès en 2024, j’ai découvert Boston Tenor Index, un album qui a radicalement changé mon rapport à la dissonance. Il m’a poussé à aller plus loin, à explorer les marges d’un espace sonore dans lequel je me sentais parfois mal à l’aise. »
La pochette, signée de sa collaboratrice de longue date Marja de Sanctis, montre une photographie prise au Temple de Jupiter Anxur, surplombant la Méditerranée. Capturée à l’iPhone, l’image révèle les vestiges des techniques de construction romaines, où l’histoire matérielle s’inscrit à travers un outil contemporain. La rencontre entre l’ancien et le moderne fait écho à la résonance spirituelle persistante du lieu — un silence habité, vidé mais pas déserté. La spirale, elle, évoque l’infini et la lumière. Passé et présent s’y dissolvent, à l’image de Quiet Pieces : une méditation sur le son, la mémoire et le temps.