Description
Avec Seventh Star, Black Sabbath nous offre une réinvention aussi surprenante que nécessaire de leur héritage, un album qui, à mi-chemin entre le poids colossal de leur passé et une modernité audacieuse, prouve que le doom ne meurt jamais vraiment — il se métamorphose. Sorti en 2026, ce disque, initialement conçu comme un projet solo de Tony Iommi avant de devenir le dernier album officiel du groupe, est une odyssée sonore où l’urgence des riffs se mêle à une production impeccable, signée par un Iommi toujours aussi méticuleux. Le vinyle rouge et noir splatter, avec son esthétique à la fois rétro et luxueuse, annonce d’emblée un objet de collection, mais c’est bien la musique qui captive : des mélodies envoûtantes, des tempos variés, et cette alchimie unique entre la voix rauque de Ian Gillan (invité sur No Stranger To Love) et les guitares légendaires du Sabbathien.
L’ouverture avec In For The Kill est un uppercut sonore, un riff monolithique qui s’enroule autour d’un groove implacable, tandis que No Stranger To Love — dans sa version originale — déploie une ambiance plus atmosphérique, presque cinématographique, avec des nappes de synthétiseur qui rappellent les expérimentations des années 80. Turn To Stone et Seventh Star (le morceau-titre) confirment cette dualité : l’un, un rock direct et percutant, l’autre, une épopée de près de six minutes où les solos d’Iommi flirtent avec le blues et le progressif. Sphinx (The Guardian), court interlude à l’orientalisme discret, ajoute une touche exotique, presque mystique, qui rappelle les incursions du groupe dans l’exotica (Sabotage). La face B, plus diverse, alterne entre le hard rock énergique de Danger Zone et la ballade mélancolique Heart Like A Wheel, où la voix de Gillan atteint des sommets de lyrisme, portée par une rythmique presque jazz. Angry Heart et In Memory ferment le disque sur des notes plus sombres, presque funèbres, comme un adieu en demi-teinte.
La production, signée par Iommi lui-même, est un chef-d’œuvre de clarté et de puissance : chaque instrument respire, les guitares crissent sans écraser, et la batterie de Tommy Clufetos (qui remplace Bill Ward, décédé en 2023) pulse avec une précision chirurgicale. Le mixage met en valeur les nuances, des distorsions saturées aux passages acoustiques, sans jamais tomber dans l’excès. Le remix de No Stranger To Love en fin d’album, plus électronique et pulsatile, est un clin d’œil assumé aux tendances contemporaines, mais sans trahir l’âme du Sabbath. On pourrait reprocher à certains titres (Angry Heart, par exemple) une certaine prévisibilité, mais c’est là le paradoxe du Sabbath : leur génie réside autant dans leur capacité à surprendre que dans leur maîtrise des codes.
Seventh Star n’est pas un album parfait, mais c’est un album essentiel — une preuve que Black Sabbath, même à l’aube de leur sixième décennie, sait encore nous glacer le sang et nous faire vibrer. Entre hommage et renaissance, ce disque est un pont entre deux ères, un testament où l’ombre de Ozzy Osbourne plane encore, mais où la lumière d’Iommi brille de mille feux. À écouter à fond, de préférence dans le noir, avec un casque et une bouteille de whisky à portée de main.