Description
Avec All The Roadrunning, Mark Knopfler et Emmylou Harris offrent une collaboration aussi naturelle qu’inattendue, un album où le temps semble suspendu entre les collines du Texas et les ruelles de Glasgow. Knopfler, maître des guitares à la fois lyriques et discrètes, y déploie une palette de sons qui rappelle Dire Straits à ses débuts, mais adoucis par la voix cristalline d’Emmylou Harris, dont les harmonies évoquent les grands disques de Pieces of the Sky ou Elite Hotel. La production, sobre et chaleureuse, mise sur des arrangements acoustiques où le dobro, le banjo et le piano à queue se répondent avec une élégance presque anachronique. Pourtant, ce qui frappe, c’est l’absence de nostalgie : ces douze titres, enregistrés en 2005 mais publiés seulement maintenant en édition vinyle 180g (fumée, s’il vous plaît), respirent une modernité discrète, comme si le folk-rock des années 70 avait été réinventé à l’aube du XXIe siècle.
L’ouverture, Beachcombing, est un chef-d’œuvre de construction : le riff de Knopfler, à la fois nerveux et mélancolique, sert de toile de fond à un texte où l’océan devient métaphore de l’éphémère. Emmylou Harris y déploie une interprétation d’une justesse bouleversante, entre murmures et éclats, tandis que le pont instrumental, où la pedal steel s’envole, rappelle les plus beaux moments de Golden Hour. I Dug Up A Diamond suit, avec son groove country-rock et ses paroles pleines d’humour noir, tandis que This Is Us bascule dans une ballade intimiste, portée par un piano minimaliste et des cordes discrètes. Le trio Knopfler-Harris-Glasser (producteur de Wrecking Ball) a su capturer une alchimie rare : celle où l’émotion prime sur la technique, sans jamais tomber dans le sentimentalisme.
Côté surprises, Red Staggerwing surprend par son rythme entraînant et ses paroles absurdes, presque vaudevillesques, tandis que Donkey Town offre un contrepoint sombre et hypnotique, avec des percussions tribales et une guitare slide qui gronde comme un orage lointain. Belle Starr, en revanche, est un petit bijou : Knopfler y joue un rôle de narrateur caustique, tandis qu’Emmylou Harris incarne la légende avec une ironie mordante. Le titre éponyme, All The Roadrunning, clôt l’album en apothéose, avec ses deux voix entrelacées dans un duo d’une tendresse infinie, comme si les deux artistes avaient enfin trouvé leur équilibre parfait.
Si l’on peut regretter l’absence de titres plus énergiques (à l’image de Sailing to Philadelphia), All The Roadrunning reste une réussite discrète, un disque qui se savoure lentement, comme un bon whisky ou une nuit d’été sous les étoiles. La version vinyle, avec son pressage impeccable sur vinyle fumé, ajoute une touche de magie à l’expérience : on croirait tenir entre ses mains un artefact sorti d’un autre temps. Pour les amateurs de folk-rock, de country sophistiquée ou simplement de belles histoires contées avec des guitares, cet album est une pépite. Et si Knopfler et Harris ne se sont plus retrouvés depuis, on peut toujours rêver d’un Roadrunning 2…