Description
Kind Regards est le deuxième album en duo du guitariste Oren Ambarchi et du batteur Eric Thielemans, sorti sur AD 93 le 21 février 2025.
Le disque capture une performance expansive à Poitiers, en France, en novembre 2023. Travaillant d’abord ensemble dans un trio imprévisible avec la légende minimaliste et l’extraordinaire excentrique Charlemagne Palestine, Ambarchi et Thielemans ont rapidement établi une chimie musicale remarquable qui a conduit à une série continue de concerts en duo, y compris la performance documentée sur leur LP Double Consciousness (Matière Mémorie, 2023).
Dans Kind Regards, le duo affine son langage commun tout en continuant à prendre des risques, laissant l’attraction gravitationnelle de la musique les mener d’un calme méditatif à des passages expressifs inattendus d’invention mélodique et d’élan rythmique. Enregistré dans une fidélité étincelante et soigneusement mixé par Joe Talia, collaborateur de longue date d’Ambarchi, le LP contient une seule performance ininterrompue, qui s’étend sur plus de 45 minutes. La guitare et la batterie se fondent dans un ensemble symbiotique qui nous donne néanmoins l’occasion de nous émerveiller des approches très personnelles que ces deux musiciens ont développées à l’égard des instruments qu’ils ont choisis au cours de décennies de collaborations diverses et d’interprétations prolifiques.
Le set commence par les motifs hypnotiques des tomates de Thielemans, autour desquels les sons ondulants et chatoyants de la guitare d’Ambarchi – obtenus à l’aide du haut-parleur rotatif d’un caisson Leslie – s’agitent et tourbillonnent. La batterie de Thielemans joue des tours subtils avec le temps et la perception, ajoutant et supprimant des rythmes au sein de motifs répétés pour créer un effet à la fois rythmiquement insistant et liquéfié. Se développant d’abord en une texture rapidement pulsée de tambours brossés et d’harmoniques vacillantes, la musique s’accélère en un groove irrégulier sur lequel la guitare d’Ambarchi se transforme en accords d’orgue électrique obsédants et monumentaux, rappelant de manière frappante le travail au Wurlitzer d’Alice Coltrane, avant de s’installer dans une section de douce mélodie en portamento intégrée dans les cliquetis et les cliquetis tactiles des percussions de Thielemans.
Lorsque Thielemans adopte une approche plus traditionnelle de la batterie dans la seconde moitié du set, les résultats sont stupéfiants, démontrant un sens des accents changeants et une sensibilité au toucher de la baguette sur le tambour ou la cymbale qui rappellent des grands comme Jack De Johnette ou Billy Hart (l’un des mentors de Thielemans). Et quand Ambarchi monte en puissance, il le fait d’une manière inattendue et délicieuse, en lâchant une nuée de sons retardés tremblants tout droit sortis du classique It’s a Wonderful Life d’Henry Kaiser, avec une utilisation plus active du manche de la guitare que son approche habituelle de l’instrument ne lui permet de le faire. Alors que la performance s’achève sur un épisode culminant de gémissements harmoniques distordus et de cymbales fracassantes, qui réussit à être à la fois tonitruant et soigneusement ajusté aux détails, il est plus clair que jamais que, pour ces deux collaborateurs en série, il s’agit d’une paire très spéciale.
Kind Regards nous montre le genre de magie qui peut se produire lorsque deux maîtres qui ont consacré des décennies à réimaginer leurs instruments commencent simplement à jouer, en suivant la musique où qu’elle aille.
