Description
Avec We Can Be Worster, les Lunachicks enfoncent une fois de plus le clou dans le cercueil du rock new-yorkais des années 90, non pas en tant que relique poussiéreuse, mais comme une entité toujours aussi venimeuse et jouissive. Trente ans après Jerk Of All Trades, leur album le plus acclamé, le quintet mené par la charismatique Gina Volpe prouve que leur recette – un mélange de hardcore rageur, de punk déjanté et d’humour noir – n’a pas pris une ride. Pourtant, loin de se contenter de ressasser leurs classiques, We Can Be Worster surprend par une production plus aérée, presque luxuriante, où les riffs tranchants de Sydney « Siddy » Hirschfeld et les lignes de basse de Helen Destroy se marient à des mélodies plus travaillées, sans jamais perdre leur mordant. L’album respire la maturité, mais garde cette étincelle de chaos qui a fait leur légende.
Le disque s’ouvre en trombe avec Drop Dead, un titre qui claque comme un uppercut, où les guitares crissent et les paroles cinglent avec une ironie mordante. Less Teeth More Tits et Bad Ass Bitch confirment cette vitalité intacte, mêlant des riffs dignes des meilleurs moments de F.D.S. à des textes qui oscillent entre provocation et autodérision. Mais c’est Jan Brady, hommage subtil à la sœur cadette de The Brady Bunch, qui vole la vedette : un morceau à la fois mélancolique et rageur, porté par une mélodie envoûtante et des paroles qui résonnent comme une métaphore de la lutte des genres. La production, signée par le groupe lui-même, mise sur des arrangements plus riches, avec des cuivres discrets et des harmonies vocales qui ajoutent une touche de sophistication sans alourdir le propos.
Côté ambiance, We Can Be Worster alterne entre des moments de pure furie (C.I.L.L., Babysitters On Acid) et des ballades plus contemplatives, comme Light As A Feather, où la voix de Volpe se fait presque douce, presque vulnérable. Dear Dotti, hommage touchant à une figure maternelle, est un des sommets de l’album : une chanson qui mêle tendresse et mélancolie, avec une guitare acoustique qui rappelle les racines folk-punk du groupe. Même Heart Of Glass, reprise de Blondie, est réinventée avec une énergie punk qui en fait une pièce maîtresse du disque, loin de la version lisse et disco de l’original.
Si We Can Be Worster n’atteint pas tout à fait la folie géniale de Hottest Day Of The Year ou l’audace de Pretty Ugly, il reste un album essentiel pour quiconque aime le rock avec du caractère. Les Lunachicks prouvent qu’elles savent évoluer sans renier leur ADN, et que leur humour, leur rage et leur intelligence musicale sont toujours aussi percutants. À écouter à fond, de préférence à l’aube, quand le monde est encore endormi et que le volume des enceintes peut atteindre des sommets sans déranger personne.
