Description
Avec Saving Grace : All That Glitters… EP, Robert Plant signe un retour aussi surprenant que délicieux à ses racines folk et country, là où le blues et la tradition se mêlent avec une élégance intemporelle. À 77 ans, le magicien de Led Zeppelin prouve que le temps n’a pas de prise sur une voix capable de faire trembler les cœurs ou de murmurer comme une brise d’automne. L’EP, pressé sur un vinyle au grain chaud et légèrement voilé, respire l’authenticité : chaque note de guitare acoustique, chaque frémissement de l’harmonica, semble puiser dans un répertoire ancestral, tout en s’ancrant dans une modernité discrète. La production, signée par Plant lui-même et Justin Adams, mise sur une simplicité organique, où les instruments acoustiques (banjo, fiddle, dobro) s’entrelacent avec une précision presque artisanale, sans jamais tomber dans le pastiche.
Le premier titre, The Blackest Crow, pose le ton avec une mélancolie envoûtante, portée par un riff de guitare slide qui serpente comme une ombre. Plant y déploie un chant à la fois rugueux et fragile, où chaque syllabe semble pesée, presque psalmodiée. Orphan Girl, plus enjouée, rappelle les ballades folk des Appalaches, avec un fiddle enjoué et des chœurs féminins qui ajoutent une touche de gospel. Mais c’est Two Coats qui vole la vedette : une épopée de cinq minutes où Plant, accompagné d’un orchestre minimaliste, explore des registres vocaux d’une profondeur rare, passant du murmure à un cri presque métaphysique. Le morceau, d’une intensité rare, rappelle les sommets de Raising Sand (2007), mais avec une urgence nouvelle, comme si l’artiste pressentait la fin d’un cycle.
Poison, enfin, clôt l’EP sur une note plus sombre, presque menaçante. Le titre, porté par un rythme de guitare syncopé et des percussions discrètes, évoque une ballade country teintée de blues, où Plant joue avec les silences comme un chat avec sa proie. La voix, ici, se fait plus rauque, presque gutturale, comme si les années avaient creusé des sillons plus profonds dans son timbre. On y entend l’écho de Fate of Nations (1993), mais avec une maturité qui transcende l’époque.
Si Saving Grace n’est pas une révolution, c’est une confirmation : Plant reste un conteur hors pair, capable de transformer des thèmes simples (l’amour perdu, la solitude, la rédemption) en récits universels. L’EP, malgré sa brièveté, est une pépite de folk contemporain, où chaque note compte. À écouter dans le noir, avec un verre de bourbon à la main, pour mieux se laisser envelopper par cette grâce qui, décidément, ne s’éteint pas.