Description
Avec Antidepressants (DEMOS), Suede nous offre un retour aux sources aussi mélancolique que nécessaire, une plongée dans les coulisses d’un album qui aurait pu être — et qui, par certains aspects, l’est déjà devenu. Ces démos, enregistrées en 2024 mais publiées en 2026, révèlent une version plus brute, plus intime, du neuvième album du groupe, Autofiction. On y perçoit la genèse de compositions qui, une fois polies pour leur version finale, gagneront en éclat, mais perdent parfois cette rugosité organique qui fait le sel des premières prises. Brett Anderson y déploie toujours cette voix de crooner désabusé, oscillant entre désespoir et ironie mordante, tandis que les guitares de Richard Oakes et Mat Osman tissent des mélodies qui oscillent entre l’écho des années 90 et une modernité désinvolte.
Le titre éponyme, Antidepressants, est sans doute le morceau le plus révélateur de cette session. Moins produit, plus direct, il capture l’essence du Suede des origines : une mélancolie pop teintée de glamour décadent, où les accords de piano et les riffs saturés s’affrontent dans un équilibre précaire. Dancing With Europeans et Sweet Kid confirment cette vitalité retrouvée, avec des refrains qui collent à l’oreille comme une obsession, tandis que The Sound And The Summer et June Rain explorent des atmosphères plus contemplatives, presque cinématographiques. Ces démos ont cette qualité rare de sonner à la fois comme des ébauches et comme des œuvres abouties — un paradoxe qui n’est pas sans rappeler les Demolition de David Bowie, où l’on devine déjà la grandeur future.
La production, volontairement épurée, met en valeur les faiblesses autant que les forces du groupe. Les rythmiques de Simon Gilbert sont parfois approximatives, mais cette imperfection ajoute une authenticité qui manque cruellement à tant de productions contemporaines. Broken Music For Broken People et Criminal Ways jouent la carte de la noirceur assumée, avec des paroles qui flirtent avec l’autodérision et une instrumentation qui rappelle les sommets de Dog Man Star ou Coming Up. Pourtant, c’est dans les moments les plus simples que Suede se révèle le plus touchant : Somewhere Between An Atom And A Star et Life Is Endless, Life Is A Moment sont des miniatures pop d’une beauté désarmante, où la guitare acoustique et la voix d’Anderson s’unissent dans une intimité presque gênante.
Si ces démos ne remplacent pas l’écoute de Autofiction, elles en constituent un complément indispensable pour les fans. Elles rappellent que Suede, malgré les décennies, reste un groupe de rock capable de mêler sophistication et émotion brute, sans jamais tomber dans le pastiche. À écouter dans le noir, avec un verre de vin rouge à portée de main — et l’envie de replonger dans l’univers d’un groupe qui, même en demi-teinte, reste l’un des plus importants de sa génération.