Description
Avec Nador (AAA Full Analog Master), Variations signent un retour en forme qui rappelle pourquoi ce groupe, né dans l’effervescence du rock psychédélique français des années 2000, a marqué son époque. Ce cinquième album, pressé en vinyle chez Parlophone avec une masterisation analogique impeccable, est une déclaration d’amour au rock classique, mais revisité avec une urgence et une inventivité qui évitent soigneusement le piège de la nostalgie stérile. Dès les premières notes de What A Mess Again, on est saisis par cette alchimie entre riffs saturés à la Led Zeppelin et mélodies envoûtantes, portées par une section rythmique implacable. Le groupe, mené par le charismatique chanteur-guitariste Thomas Darnal, semble avoir puisé dans l’énergie brute des années 70 tout en y injectant une modernité organique, comme si Cream et Pink Floyd avaient enregistré un disque dans un garage parisien en 2026.
Le titre éponyme Nador, court et percutant, est un concentré de psychédélisme à la française, avec ses guitares wah-wah qui serpentent entre les couplets et un refrain hypnotique. C’est l’un des moments forts de l’album, où Variations prouvent qu’ils maîtrisent l’art de la tension et de la libération sonore. Waiting For The Pope et We Gonna Find The Way confirment cette maîtrise, avec des structures ambitieuses et des solos de guitare qui flirtent avec l’excès sans jamais basculer dans le cliché. Le groupe évite l’écueil du rock trop lissé en gardant une certaine rudesse, notamment dans les morceaux comme Generations, où les harmonies vocales et les changements de tempo rappellent les expérimentations de Traffic ou des premiers King Crimson.
Côté production, l’analogique AAA est un choix audacieux et réussi. Le son est chaud, profond, avec une dynamique qui fait ressortir chaque instrument sans écraser les nuances. Les basses sont rondes, les guitares crissent avec une belle distorsion, et la batterie de Julien Charlet pulse avec une précision qui rappelle les grands disques de rock live. Free Me et Completely Free sont des sommets du disque, où le groupe explore des territoires plus atmosphériques, avec des nappes de synthés vintage et des chœurs envoûtants. Ces deux titres, parmi les plus longs de l’album, montrent une maturité compositionnelle rare, avec des développements qui évitent la redondance grâce à des idées mélodiques audacieuses.
Si Nador n’est pas exempt de quelques longueurs (Mississippi Woman et But It’s Alright peinent à trouver leur équilibre), il reste un album cohérent et passionnant, qui mérite d’être écouté à la fois comme un hommage et une réinvention du rock. Variations prouvent qu’ils n’ont rien perdu de leur verve, et que le rock français peut encore surprendre. À placer aux côtés des meilleurs disques de la scène actuelle, aux côtés de groupes comme The Warning ou Kadavar, mais avec une identité bien à eux. Un vinyle à posséder absolument pour les amateurs de rock vintage qui cherchent de la fraîcheur.