Description
Ces enregistrements ne constituent pas une histoire fluide ou cohérente. Ils s’apparentent davantage à une succession de découvertes faites à différents moments et dans des circonstances diverses. Des chansons et des morceaux instrumentaux qui s’inscrivaient autrefois dans des contextes précis – émissions de radio, programmes philharmoniques, tournées – côtoient désormais les uns les autres, révélant tant des liens cachés que des fractures évidentes entre eux.
Nasiba Abdullaeva apparaît ici comme la voix d’une époque révolue. Formée au sein du système des conservatoires, elle a travaillé dans le cadre de la chanson pop soviétique tout en l’enrichissant d’une logique mélodique qui ne provenait ni de Moscou ni de Leningrad. Sa voix est douce et soutenue, façonnée par le mélisme oriental, et elle ne sert jamais de simple ornement. Même dans les chansons aux structures rigoureuses, on perçoit une certaine résistance, un effort pour préserver un langage musical ancré dans la tradition ouzbèke plutôt que pleinement adapté à une norme unioniste.
L’ensemble Sintez, rebaptisé plus tard Navo, représente une voie différente. D’abord groupe de rock étudiant, il a été progressivement absorbé par le système officiel VIA, avec toutes ses limites et ses compromis. C’est pourtant précisément dans ces limites que Sintez et Navo ont développé un son reconnaissable. Les guitares électriques et les harmonies jazz-rock ne prennent pas le pas sur le répertoire folk, mais restent en tension avec lui. Leurs enregistrements donnent l’impression d’être des négociations entre ce que les musiciens voulaient jouer et ce qu’ils étaient autorisés à interpréter.