Description
Des berceuses électroniques et des chants folkloriques d’Éthiopie ! Enregistrement phare de la dynamique époque des cassettes en Éthiopie dans les années 1980, *Resonance of Time* met en scène le compositeur pionnier Wesenyeleh Mebreku, qui réinvente les mélodies folkloriques éthiopiennes à l’aide des circuits rudimentaires d’un des premiers claviers Casiotone.
D’un point de vue historique, les œuvres présentées sur Resonance of Time (የጊዜ ቃና Yegizie Kana) constituent des témoignages discrets de la mémoire musicale éthiopienne. Bon nombre des chansons originales incluses dans cet album ont vu le jour à des moments clés de l’histoire éthiopienne, lorsque la musique portait l’émotion collective de la nation : l’amour, la perte, la résistance, la dignité et l’espoir. En réarrangeant ces morceaux issus du patrimoine musical éthiopien pour instruments, Wesenyeleh Mebreku a cherché à préserver leur essence tout en les protégeant du risque d’être confinés à une seule époque ou à un seul style d’interprétation. Ce faisant, sa préservation du patrimoine musical éthiopien est devenue une contribution à l’héritage musical de son pays lui-même, car Resonance of Time constitue une étape musicale importante dans les enregistrements innovants et les développements musicaux de ce compositeur, au cœur de la culture prolifique des cassettes audio des années 1980 en Éthiopie.
Sur *Resonance of Time*, Wesenyeleh a utilisé le tout premier clavier électronique Casio – le Casiotone CT-201 – pour arranger et interpréter des chansons folkloriques éthiopiennes dans un style qui lui est propre. En tirant parti du caractère soul et lo-fi de ce clavier, les interprétations de Wesenyeleh prennent une dimension qui leur est propre. De charmantes sonorités analogiques interprètent les sons tourbillonnants de l’orgue et du piano en mode kignit, au rythme d’une boîte à rythmes nostalgique, tandis que des sons de synthétiseur scintillants transportent les mélodies hors du temps. Ces enregistrements reflètent un tournant dans l’histoire musicale éthiopienne : le moment où les mélodies traditionnelles ont commencé à être interprétées sur des claviers électroniques, et où l’avènement de l’enregistrement sur cassette a permis de transmettre la musique de manière plus accessible que les traditions orales séculaires. À cette époque, les modes musicaux éthiopiens se sont fondus avec les nouvelles technologies et les expérimentations musicales naissantes, et les interprétations de Wesenyeleh sur « Resonance of Time » constituent un enregistrement phare de cette époque, s’inscrivant dans la tradition consistant à réfléchir sur la musique éthiopienne historique et à la réinterpréter pour une nouvelle génération.
Cet album propose des chansons folkloriques et des berceuses intemporelles en amharique, des chansons d’amour en tigrigna, des chansons populaires en gurage et en oromo, ainsi que des titres étroitement liés à des artistes de la scène musicale populaire éthiopienne des années 1970, tels que « Tiz Alegne Yetintu » (ትዝ አለኝ የጥንቱ), célèbre interprétation de Tilahun Gessesse. Chaque morceau, soigneusement choisi par Wesenyeleh, est magnifiquement transformé en musique instrumentale dans son propre style, permettant à ces univers musicaux de résonner dans le futur tout en se fondant avec les innovations électroniques des années 1980 et la propre histoire musicale de Wesenyeleh.
Wesenyeleh s’exprime ainsi sur son approche musicale : « La musique instrumentale, pour moi, est un espace de réflexion. Sans paroles, l’auditeur est invité à se souvenir, à imaginer et à ressentir librement. Dans Resonance of Time, j’entends ma propre philosophie musicale : le respect du kignit éthiopien, un dialogue attentif avec l’harmonie occidentale et une profonde confiance en la mélodie en tant que conteuse. »
Chaque morceau interprété sur *Resonance of Time* évoque une époque où la musique éthiopienne se façonnait par la transmission orale, à travers les concerts et l’écoute collective. Dans le contexte musical actuel, en constante évolution, revisiter ces œuvres est un acte de responsabilité culturelle. Ces œuvres nous rappellent qu’autrefois, la mélodie voyageait lentement, s’ancrant profondément dans le cœur de l’auditeur. Le format instrumental permet à ces œuvres de transcender les frontières linguistiques et générationnelles, les rendant accessibles à un public qui, même s’il ne connaît pas les paroles originales, peut néanmoins en ressentir l’esprit.
Resonance of Time reflète également un dialogue historique plus large : la rencontre entre tradition et adaptation. La musique éthiopienne a toujours évolué tout en conservant son identité fondamentale. Ces arrangements affirment que l’évolution ne signifie pas l’abandon. Au contraire, elle peut être une forme de préservation – garantissant que la sagesse musicale du passé continue de résonner dans le présent et d’inspirer l’avenir.
En ce sens, l’album est à la fois personnel et collectif. Il porte l’empreinte musicale propre à Wesenyeleh Mebreku, façonnée par des décennies de pratique, mais il s’inscrit en fin de compte dans un continuum culturel plus large. C’est la contribution de l’artiste pour que le temps reste audible, afin que la mémoire, l’histoire et le son puissent continuer à dialoguer.