Description
Avec Restless, Xzibit signe un retour aussi surprenant que nécessaire, un album qui surprend par sa maturité et son refus de se reposer sur les lauriers de son âge d’or. À 51 ans, l’ancien visage de 40 Dayz & 40 Nightz prouve que le feu du rap ne s’éteint pas avec le temps, mais se transforme en braise lente et tenace. La production, signée entre autres par DJ Premier et Erick Sermon, oscille entre des beats vintage aux samples granuleux (« Front 2 Back », « U Know ») et des instrumentaux plus modernes, presque cinématographiques (« Alkaholik », « D.N.A. »), où les basses grondent comme un moteur de Cadillac en pleine nuit. L’écoute de ce vinyle bleu marbré ajoute une dimension presque rituelle à l’expérience : chaque rotation de l’aiguille semble révéler de nouvelles couches dans ces textes, où l’autodérision et la mélancolie se mêlent avec une aisance déconcertante.
Le flow de Xzibit, autrefois acéré comme une lame de rasoir, est désormais plus posé, presque contemplatif, mais toujours imprégné de cette verve caustique qui a fait sa légende. « Been A Long Time » et « Rimz & Tirez » en sont les parfaits exemples : des morceaux où il jongle entre récits de vieillesse assumée (« Sorry I’m Away So Much ») et punchlines cinglantes (« Don’t Approach Me »), le tout enveloppé dans une production qui rappelle que le hip-hop des années 2000 n’a pas dit son dernier mot. Pourtant, l’album n’est pas exempt de faiblesses : certains morceaux comme « Best Of Things » ou « Get Your Walk On » peinent à se démarquer, noyés sous des mélodies trop lisses pour marquer durablement.
Là où Restless brille le plus, c’est dans sa capacité à capturer l’essence d’un artiste en perpétuelle quête, entre nostalgie et réinvention. « Kenny Parker Show 2001 », avec son sample de talk-show old-school, est un clin d’œil malicieux à l’ère où Xzibit dominait les ondes, tandis que « Fuckin’ You Right » et « X » prouvent que son penchant pour les textes crus et sans filtre n’a pas pris une ride. Le titre éponyme, « Restless », sert d’épilogue parfait : une introspection où il avoue ses doutes, ses excès, et cette insatiable soif de rester pertinent dans un jeu qui a bien changé.
Si Restless n’est pas l’album qui va révolutionner le rap en 2026, il en est un qui mérite d’être célébré pour son honnêteté et son refus de l’autosatisfaction. Xzibit y prouve qu’un MC peut vieillir sans se fossiliser, et que les cicatrices de la vie – qu’elles soient liées à l’alcool, à la célébrité ou aux erreurs du passé – peuvent devenir le terreau d’un art plus profond. À écouter à volume élevé, de préférence dans le noir, pour mieux savourer chaque détail de ce vinyle qui, comme son titre l’indique, ne laisse jamais vraiment reposer.