Description
Un album concept culte délirant déguisé en pop, sorti pour la première fois en 1971, où se mêlent grooves psychédéliques, funk et rythmes du monde entier à des chants pseudo-japonais phonétiques, des cris rituels de maîtres de judo et une chorale d’enfants. Samplé par Erykah Badu, Madlib et DopeLemon, il est aussi à l’origine inattendue du premier album de Bananarama. Il ne peut s’agir que du monde fabuleux de Yamasuki.
L’album a été produit par Jean Kluger et écrit à la fois par Jean et Daniel Vangarde (alias Bangalter, qui deviendra plus tard le père de Thomas Bangalter de Daft Punk), qui étaient déjà bien en avance sur leur temps, bien avant que la musique électronique ne réécrive les règles de la culture pop.
Sorti sous le nom de Yamasuki, également appelé The Yamasuki Singers ou The Yamasuki’s, le projet n’a jamais été conçu comme un groupe conventionnel. C’était un fantasme né en studio, un album concept déguisé en disque pop. Ce qui a commencé comme un simple single s’est rapidement transformé en un véritable opéra pop pan-culturel qui ignorait les genres et le bon sens avec une joyeuse insouciance.
Musicalement, l’album se situe à un carrefour délirant. La pop psychédélique se heurte à des rythmes funk, à la samba et à des mélodies bubblegum, le tout ponctué de chants et de refrains dans un pseudo-japonais phonétique, écrit à l’aide d’un dictionnaire. Kluger et Vangarde ont fait appel à une chorale d’enfants pour interpréter les parties vocales, et pour ajouter au spectacle, ils ont fait venir un grand maître de judo japonais, dont les cris rituels et les hurlements de guerre éclatent tout au long de l’album.
Plusieurs singles ont été publiés. L’un d’entre eux, « Yamasuki », accompagné d’une chorégraphie, est sorti au Royaume-Uni et en France sur le label Dandelion de John Peel, un écrin tout à fait approprié pour un disque qui s’épanouissait en marge de la culture pop. Sa face B, « Aieaoa », s’est révélée encore plus percutante. En 1975, la chanson renaît sous le titre A.I.E. (A Mwana) sous l’interprétation de Black Blood, un groupe africain enregistrant en Belgique, cette fois-ci en swahili. Cette mélodie allait voyager encore plus loin. Aie a Mwana est devenu le premier single du groupe pop anglais Bananarama, et en 2010, il a refait surface sous le titre Helele, chanson officielle de la Coupe du monde de la FIFA, enregistrée par la chanteuse sud-africaine Velile Mchunu avec le duo de percussionnistes danois Safri Duo. Cette version est devenue la version la plus connue de la chanson. Avec la participation directe de Jean Kluger, il s’agissait moins d’une reprise que d’une continuation de l’idée originale.
La postérité de l’album ne s’est pas arrêtée là. Au fil des ans, Yamasuki a été discrètement samplé, repris et mis en avant dans des médias bien au-delà du domaine de la pop fantaisiste. « Kono Samourai » a été samplé dans « The Healer » d’Erykah Badu (2007), produit par Madlib, tandis que « Yama Yama » a également trouvé sa place dans la culture pop récente : on le retrouve dans la série télévisée Fargo, dans le projet Dope Lemon d’Angus Stone, et sur la compilation Late Night Tales de 2008, organisée par Matt Helders, le batteur des Arctic Monkeys. Preuve, s’il en fallait une, que ce petit disque étrange recèle un ADN musical plus profond que ne le laisse supposer son aspect ludique.
Cette nouvelle réédition de *Le Monde Fabuleux Des Yamasuki* témoigne du regain d’intérêt et du respect dont bénéficie cet album culte, fidèle à l’esprit d’origine tout en lui redonnant enfin la présence physique qu’il mérite. À une époque obsédée par les genres et la rigueur algorithmique, Yamasuki continue de rire, de danser et de se frayer un chemin à coups de karaté au-delà de toute définition. Il nous rappelle que la musique pop peut être ludique sans être éphémère, étrange sans être cynique et joyeuse sans avoir besoin d’explications.