Description
Avec Bits And Pieces, Allo Darlin’ confirme une fois de plus qu’ils sont les héritiers les plus attachants et les plus inattendus du rock indie britannique des années 2000, tout en y injectant une touche de mélancolie pop qui leur est désormais propre. Ce cinquième album, pressé sur un vinyle transparent aussi délicat que les émotions qu’il charrie, est une réussite discrète mais tenace, où chaque morceau semble à la fois familier et profondément personnel. La production, signée par le groupe lui-même, mise sur des guitares cristallines et des rythmiques qui oscillent entre la nonchalance des Sundays et la précision chirurgicale des Buzzcocks, le tout enveloppé dans une chaleur analogique qui rappelle les meilleurs enregistrements de Sarah Records. On y perçoit l’influence de la new wave, mais aussi celle, plus subtile, des groupes de twee pop qui ont marqué les années 80, le tout réinterprété avec la désinvolture d’un groupe qui a depuis longtemps fait de l’authenticité son étendard.
L’ouverture avec City All To Himself est un coup de maître : une riff envoûtant, presque hypnotique, qui sert de toile de fond à une mélodie où la voix de Elizabeth Morris, à la fois douce et légèrement voilée, porte des paroles qui oscillent entre l’introspection et l’ironie. Le morceau The Best I Can suit, avec son refrain accrocheur et ses harmonies vocales qui rappellent les meilleurs moments de Allo Darlin’’ (2010), tout en y ajoutant une maturité mélodique qui n’était pas encore aussi évidente. Dreaming, quant à lui, est un petit bijou de pop baroque, où les claviers discrets et les contre-chants donnent une dimension presque cinématographique à la chanson. Ces trois titres, en moins de dix minutes, résument à eux seuls l’ambition de l’album : un rock accessible, mais jamais simpliste, où chaque détail compte.
La face B, plus éclectique, révèle des facettes moins connues du groupe. Darren, avec son groove lent et ses paroles désabusées, rappelle les expérimentations de We Come From The Same Place (2017), tandis que Henry Rollins Don’t Dance est un hommage malicieux au punk, où l’énergie brute des années 80 se mêle à l’ironie typique d’Allo Darlin’. Dear John, en revanche, est une ballade d’une beauté déchirante, où la guitare acoustique et la voix de Morris se répondent dans un dialogue intime, presque chuchoté. Le choix de clore l’album avec Dive For Your Memory est audacieux : une reprise de Death Cab for Cutie qui, loin d’être un simple clin d’œil, devient une réinterprétation intime et émouvante, prouvant que le groupe sait aussi se réinventer sans trahir son ADN.
Si Bits And Pieces n’est pas l’album le plus ambitieux d’Allo Darlin’, il en est peut-être le plus équilibré. Ni trop nostalgique, ni trop avant-gardiste, il trouve le juste milieu entre la célébration des influences et l’affirmation d’une identité propre. Le vinyle transparent, en plus d’être un objet de collection désirable, semble symboliser cette transparence émotionnelle que le groupe cultive depuis ses débuts. Pour les fans de longue date, ce sera une écoute réconfortante ; pour les nouveaux venus, une porte d’entrée idéale dans un univers où le rock indie n’a jamais semblé aussi humain et accessible.