Artiste: Bardo Pond

Volume VI

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UGS : bs-537088 Catégories : , , Marque :

Date de disponibilité (sous réserve) : 19 avril 2026

Description

Avec Volume 6, Bardo Pond confirme une fois de plus que leur alchimie sonore, forgée depuis près de trois décennies, reste aussi envoûtante qu’inclassable. Le quintet de Philadelphie, pionnier du stoner psychédélique et de l’expérimentation noise, livre ici une nouvelle plongée dans des atmosphères où l’hypnose riffique se mêle à des textures oniriques, le tout enveloppé dans une production à la fois brute et sophistiquée. Dès l’ouverture avec Sweet Sapphire, on est saisis par cette capacité unique à faire coexister la lourdeur tellurique de groupes comme Kyuss avec l’aura mystique des seventies acid rockers. Le riff envoûtant, presque mantrique, s’étire comme une brume matinale sur le désert, tandis que les nappes de guitare, distordues mais mélodiques, évoquent les échos lointains d’un rituel païen. La batterie de John Stanier, toujours aussi précise dans son chaos contrôlé, sert de colonne vertébrale à une section rythmique qui oscille entre groove hypnotique et explosions soudaines, comme si le groupe jouait avec les limites du contrôle et de la transe.

Circle et Fulcanelli poussent l’audace plus loin encore, avec des structures qui semblent se désagréger puis se recomposer sous nos yeux. Le premier titre, avec ses changements de tempo abrupts et ses harmonies vocales flottantes, rappelle les expérimentations de Lapsed, mais avec une maturité qui évite le piège du pastiche. Fulcanelli, en revanche, est un morceau charnière : son intro planante, presque ambient, cède la place à un mur de distorsion qui rappelle les heures les plus sombres de Dopamine. Pourtant, là où certains groupes se noient dans le bruit, Bardo Pond en fait une expérience sensorielle, presque cinématographique. La guitare de Michael Gibbons, d’ordinaire si mélodique, se pare ici de dissonances calculées, tandis que le bassiste Aaron Behrle et le batteur Stanier tissent une toile rythmique qui semble défier la gravité.

Les trois titres de la face B, Absolute Elsewhere, Octopi et le titre éponyme, confirment cette maîtrise du suspense sonore. Absolute Elsewhere est un morceau de résistance : son riff principal, à la fois lourd et aérien, flotte comme un vaisseau spatial en perdition, tandis que les voix envoûtantes de la famille Pond (Isobel et Aislinn) ajoutent une dimension presque chamanique. Octopi, avec son titre évocateur, est une plongée dans les abysses : les nappes de guitare, saturées et répétitives, évoquent les tentacules d’une créature marine, tandis que la rythmique, à la fois lourde et fluide, donne l’impression de nager dans un liquide épais. Enfin, Volume 6 (le titre) clôt l’album en apothéose, avec une montée en puissance qui rappelle les sommets de On the Ellipse, mais avec une urgence renouvelée. La production, signée par le groupe lui-même, est impeccable : chaque instrument respire, chaque note a sa place, et pourtant l’ensemble conserve cette spontanéité qui fait la signature de Bardo Pond.

Si l’on peut regretter un manque de surprise radicale – après tout, le groupe a depuis longtemps trouvé sa voie – Volume 6 n’en reste pas moins une réussite majeure, un disque qui se savoure comme une expérience immersive plutôt que comme une simple écoute. Dans un paysage rock de plus en plus dominé par les revivalistes et les clones, Bardo Pond prouve qu’il est possible de puiser dans l’histoire du genre sans jamais en être prisonnier. Leur musique, à la fois ancrée dans le passé et résolument moderne, est un rappel salutaire que le rock peut encore être une aventure, une exploration, voire une révélation.