Description
Avec A Fleet of Bat: Early Demos, Natasha Khan — alias Bat For Lashes — nous offre une plongée envoûtante dans les soubassements de son univers, bien avant que Fur and Gold ne ne l’ait propulsée au firmament de l’indie pop. Ce recueil de démos, publié en 2026, est une capsule temporelle fascinante, où l’on découvre les germes bruts de compositions qui deviendront des classiques, mais aussi des pépites méconnues, portées par une innocence et une vulnérabilité qui contrastent avec la sophistication de ses albums ultérieurs. Le vinyle, avec son grain chaud et ses silences chargés, sert à merveille cette matière organique, presque artisanale, où chaque note semble respirer l’imperfection assumée.
L’ouverture avec Feathers And Fur est un coup de maître : une mélodie hypnotique, où le piano cristallin de Khan dialogue avec des cordes aériennes, évoque déjà l’équilibre entre folk et pop qui fera la marque de son premier album. Pourtant, c’est dans Two Shadows que l’on perçoit le plus clairement l’influence de son enfance afghane, avec ses mélismes envoûtants et ses percussions subtiles, comme un écho lointain des chants traditionnels de Kaboul. Missing Time, quant à elle, est une ballade envoûtante, où la voix de Khan, à la fois fragile et puissante, flotte sur un tapis de guitares acoustiques et de nappes synthétiques, annonçant déjà The Haunted Man dans sa capacité à mêler mélancolie et transcendance.
Les morceaux les plus surprenants sont peut-être ceux qui s’éloignent le plus de l’image que l’on se fait de Bat For Lashes. Rosie, avec son rythme country-folk et ses paroles naïves, rappelle les ballades de Gillian Welch, tandis que Dark Time bascule dans une ambiance plus sombre, presque gothique, avec des guitares saturées et une rythmique pesante. Howl, en revanche, est un titre qui aurait pu figurer sur The Bride, avec ses chœurs envoûtants et son atmosphère de rituel païen. La production, bien que rudimentaire, est d’une efficacité redoutable : Khan mise sur l’émotion brute plutôt que sur la perfection technique, et cela donne à ces démos une authenticité qui manque souvent aux rééditions contemporaines.
Si A Fleet of Bat: Early Demos n’est pas une révolution, c’est une révélation. Pour les fans, c’est l’occasion de redécouvrir l’artiste dans sa forme la plus intime, loin des arrangements surproduits des albums ultérieurs. Pour les néophytes, c’est une porte d’entrée idéale dans l’univers de Bat For Lashes, où chaque écoute révèle de nouvelles nuances. On regrettera peut-être l’absence de notes ou de commentaires de l’artiste, qui auraient pu éclairer certains choix artistiques. Mais au final, ce vinyle est une pépite pour les collectionneurs et les rêveurs, une preuve que la magie de Natasha Khan opère même dans ses esquisses.