Description
Avec Antiseptic Poetry – 30 Years of BIS, le trio britannique signe une anthologie aussi caustique qu’inventive, où punk, Britpop et électro s’entremêlent dans un tourbillon de sarcasme et de mélancolie. Ce coffret vinyle, célébrant trois décennies d’un groupe culte mais trop souvent sous-estimé, est une machine à remonter le temps : on y croise l’énergie rageuse des débuts, l’ironie mordante des années 2000, et une production qui oscille entre lo-fi brut et pop sophistiquée. BIS, c’est l’art de transformer l’absurde en quelque chose de profondément humain, comme si Mark Burgess (ex-Chameleons) et ses acolytes avaient passé trois décennies à observer le monde avec un sourire en coin, avant de tout balancer dans un mixeur à distorsion.
Le disque s’ouvre en apothéose avec Tell It To The Kids, hymne aussi entraînant que cynique, où les guitares crissent comme des ongles sur un tableau noir, tandis que la voix nasillarde de Burgess crache des paroles qui résonnent comme un manifeste anti-conformiste. School Disco et Kandy Pop confirment cette alchimie entre punk et pop, avec des mélodies accrocheuses qui cachent des textes désabusés sur la société de consommation. Mais c’est Sound Of A Heartbreak qui frappe le plus fort : une ballade électro-punk où les nappes synthétiques se heurtent à des riffs de guitare dignes des années 80, le tout enveloppé dans une production qui rappelle les meilleurs moments de The Smiths ou Suede, mais avec une touche de modernité rageuse.
La deuxième face, plus expérimentale, explore des territoires plus sombres. Statement Of Intent (Remix) et Kill Yr Boyfriend (version Grand Royal) montrent un groupe à l’aise dans l’expérimentation, entre beats industriels et samples déjantés. There Is No Point est un chef-d’œuvre de désespoir existentiel, où Burgess murmure des vérités universelles sur un fond de synthés glacés, comme si Joy Division avait été produit par un DJ de club underground. La face C et D, avec des titres comme Eurodisco ou Dead Wrestlers, confirment cette capacité à mélanger les genres sans jamais perdre de vue l’émotion brute. Même les reprises (The Powerpuff Girls) ou les remixes (Stress d’Altern-8) sont traités avec un respect qui frise l’adoration.
En conclusion, Antiseptic Poetry est bien plus qu’une compilation : c’est une déclaration d’amour à la musique comme arme politique, comme exutoire, comme dernier rempart contre l’ennui. BIS prouve ici que le punk n’a pas besoin de hurlements pour être subversif, et que la pop peut être à la fois légère et profondément mélancolique. Le coffret, avec ses six faces et ses multiples versions, est un cadeau pour les fans, mais aussi une porte d’entrée idéale pour ceux qui cherchent une alternative à la musique lissée d’aujourd’hui. À écouter à fond, de préférence avec un verre de whisky et une paire de baskets trouées.