Description
Avec KEXP Sessions, Deafheaven offre une distillation envoûtante de leur alchimie sonore, transformant une session live en studio en une expérience aussi intime que monumentale. Enregistré pour les mythiques studios de la KEXP, ce mini-album de quatre titres capture l’essence de leur évolution récente, où le black metal se marie à des textures shoegaze d’une douceur trompeuse. La production, signée par Jack Shirley (qui a aussi mixé Infinite Granite), est d’une clarté cristalline : chaque note de guitare distordue, chaque roulement de cymbale, chaque souffle de voix de George Clarke résonne avec une précision chirurgicale, sans jamais sacrifier l’énergie brute du groupe. Le résultat est un équilibre délicat entre chaos et mélancolie, où les riffs acérés de Kerry McCoy s’enroulent autour de nappes éthérées, comme si My Bloody Valentine et Darkthrone avaient décidé de faire un enfant sous un ciel d’orage.
Le disque s’ouvre en trombe avec Doberman, un titre qui frappe d’entrée comme un uppercut émotionnel. Les guitares, à la fois tranchantes et veloutées, s’entrelacent avec des mélodies vocales qui oscillent entre growls gutturaux et chants cristallins, créant une tension presque insoutenable. Magnolia, plus contemplatif, déploie une atmosphère onirique, où les arpèges de McCoy s’étirent comme des brumes matinales, tandis que Clarke murmure des paroles qui semblent flotter entre rêve et cauchemar. C’est dans ces moments que Deafheaven excelle : transformer le désespoir en quelque chose de beau, presque envoûtant.
Amethyst et Winona confirment cette maîtrise. Le premier, avec ses riffs hypnotiques et son rythme implacable, rappelle Sunbather dans sa capacité à mêler brutalité et lyrisme, tandis que le second, plus expérimental, intègre des éléments de post-rock avec une audace qui force l’admiration. La production, ici, joue un rôle clé : elle donne l’impression d’être assis au premier rang d’un concert, tout en offrant une profondeur de champ qui révèle chaque nuance instrumentale. Le vinyle, disponible en une édition limitée aux couleurs psychédéliques, ajoute une touche de rareté à l’ensemble, comme si l’objet lui-même était une extension de la musique.
Si KEXP Sessions ne révolutionne pas le genre, il en confirme la vitalité et la pertinence. Deafheaven prouve une fois de plus qu’ils sont bien plus que les héritiers d’un mouvement : ils en sont les architectes, capables de faire vibrer les tripes tout en caressant l’âme. Pour les fans du groupe, c’est une pépite à savourer sans modération ; pour les néophytes, une porte d’entrée idéale dans l’univers du blackgaze. Une session, oui, mais une session qui marque l’histoire.