Description
Avec To All New Arrivals, Faithless signe un retour en demi-teinte à l’ère du downtempo et de l’ambient, un album qui sent bon le bois de cèdre et la cire de bougie fondue. Vingt ans après sa sortie originale, cette réédition vinyle en édition limitée jaune transparent n’est pas qu’un objet de collection : c’est une capsule temporelle, une parenthèse hypnotique dans une discographie par ailleurs marquée par des bombes rythmiques (Insomnia, God Is a DJ). Ici, Maxi Jazz et ses compères Max, Sister Bliss et Rollo Armstrong ont troqué les beats frénétiques contre des nappes sonores vaporeuses, des mélodies envoûtantes et une production qui respire la maturité. L’album respire la sérénité, mais avec cette touche de mélancolie propre aux grands disques électroniques britanniques, entre l’héritage de The Orb et l’aura cinématographique de Brian Eno.
Le disque s’ouvre en apothéose avec Bombs, un titre qui, malgré son titre belliqueux, déploie une tension rythmique subtile, presque organique, où les basses pulsent comme un cœur fatigué. Spiders, Crocodiles & Kryptonite suit, avec ses guitares éthérées et son flow de Maxi Jazz qui glisse entre spoken word et murmures, une prouesse de narration atmosphérique. Music Matters et Nate’s Tune confirment cette direction : des morceaux où le groove est une suggestion, où chaque note semble suspendue dans un espace-temps dilaté. La production, signée Rollo, mise sur des textures riches – des cordes discrètes, des percussions étouffées, des synthés qui s’évaporent comme de la brume – pour créer une ambiance à la fois intime et universelle.
Pourtant, l’album n’est pas exempt de faiblesses. I Hope et Last This Day peinent à se démarquer, noyés dans une uniformité qui frôle parfois l’anodin. Même The Man In You, avec ses harmonies vocales envoûtantes, manque de cette étincelle qui aurait pu en faire un classique. Seuls Hope & Glory et A Kind Of Peace sauvent la mise : le premier, avec son crescendo envoûtant, rappelle la grandeur des grands morceaux de downtempo, tandis que le second, plus minimaliste, est une méditation sonore d’une beauté presque douloureuse. La conclusion, Emergency, est un retour brutal à la réalité, un rappel que Faithless n’a jamais vraiment abandonné ses racines rythmiques.
En définitive, To All New Arrivals est un disque pour les soirs d’hiver, pour les oreilles fatiguées par le bruit du monde. Ce n’est pas leur chef-d’œuvre, mais c’est une œuvre nécessaire, une preuve que même les géants de la dance music savent se faire discrets sans perdre leur âme. La réédition vinyle, avec son esthétique rétro et son toucher chaud, ajoute une couche de nostalgie à l’expérience. À écouter à la lueur d’une bougie, de préférence après minuit.