Description
Avec Crying Laughing Loving Lying, Labi Siffre signe un retour aussi inattendu que magistral, trente ans après son dernier album studio. Le titre, à lui seul, résume l’alchimie de ces 16 titres : une oscillation constante entre mélancolie et euphorie, entre confession intime et ironie mordante. Siffre, maître des mots et des silences, y déploie une palette sonore d’une richesse rare, mêlant folk acoustique, soul organique et touches de world music, le tout enveloppé dans une production qui oscille entre l’intimité d’un salon et la grandeur d’un auditorium. Le vinyle jaune, déjà un objet de désir, semble refléter cette lumière dorée qui traverse chaque morceau, comme si l’artiste avait capté l’essence même des émotions humaines pour les transfigurer en musique.
L’ouverture avec Saved est un coup de maître : un gospel minimaliste, presque a cappella, où la voix de Siffre, à la fois rauque et délicate, s’élève comme une prière laïque. Puis Cannock Chase déploie une folk narrative, presque cinématographique, où chaque note de guitare résonne comme un souvenir d’enfance. Fool Me A Good Night et It Must Be Love confirment cette maîtrise du storytelling, avec des mélodies qui s’accrochent à l’oreille comme des refrains de comptines adultes. Mais c’est Blue Lady qui vole la vedette : une ballade envoûtante, où le piano et les cordes s’entrelacent avec une sensualité presque physique, rappelant les grands moments de Remember My Song (1975), tout en y injectant une modernité discrète.
Le deuxième côté du vinyle bascule dans un registre plus introspectif, avec Love Oh Love Oh Love et Crying, Laughing, Loving, Lying comme piliers émotionnels. Le premier est une valse mélancolique, où le ukulélé et la contrebasse dessinent une mélodie qui semble flotter entre deux mondes. Le second, titre éponyme, est un bijou de concision : une guitare sèche, des percussions discrètes, et cette voix qui murmure comme une confidence. Hotel Room Song et My Song achèvent ce voyage en apothéose, avec une intensité qui rappelle pourquoi Siffre a influencé des générations d’artistes, de Gil Scott-Heron à Gilad Hekselman.
Le dernier tiers de l’album, plus éclectique, confirme la vitalité de Siffre : Watch Me et You Make It Easy oscillent entre folk et soul, tandis que Just A Face et Good Old Days distillent une nostalgie douce-amère. Les deux faces finales, avec Pristine Verses et For The Lovin’, offrent une conclusion en apothéose, où l’artiste semble se livrer sans fard, comme s’il avait attendu ce moment toute sa vie. Crying Laughing Loving Lying n’est pas seulement un album : c’est une expérience sensorielle et intellectuelle, un testament musical où chaque note compte, où chaque mot pèse son poids en émotion. Labi Siffre prouve, une fois de plus, qu’il est l’un des derniers grands alchimistes de la chanson.
