Description
Avec The Necessary Cosmic Frenzy, Runt — ce projet éphémère mais légendaire né de la collaboration entre Todd Rundgren et ses acolytes de Nazz — ressuscite une énergie rock aussi brute qu’enjouée, comme si le temps s’était figé en 1971 pour nous offrir ce cadeau posthume. Produit avec une touche de nostalgie tactile, ce vinyle bleu pâle n’est pas une simple archive : c’est une plongée dans l’ADN du power pop et du proto-prog, où Rundgren, déjà virtuose du studio, distille des mélodies aussi accrocheuses que des coups de poing. Le disque s’ouvre sur Lady On The Terrace, un titre qui claque comme un soleil de midi en été, avec ses riffs saturés et son chant à la fois juvénile et désinvolte. Rundgren y déploie ce mélange unique de naïveté et de sophistication qui fera plus tard la marque de Something/Anything?, mais ici, c’est encore un feu d’artifice de possibilités non encore explorées.
L’album oscille entre des hymnes rock endiablés (We Gonna Rock, Everybody In The Congregation) et des ballades où la mélancolie se mêle à une douceur presque gospel (Tonight I Want To Love Me A Stranger). Le titre éponyme, The Necessary Cosmic Frenzy, résume à lui seul l’esprit du disque : une frénésie contrôlée, où les claviers psychédéliques de Rundgren flirtent avec des rythmes funky, tandis que les chœurs envoûtants rappellent l’influence des Byrds ou des Zombies. Pourtant, c’est dans les morceaux plus courts et percutants comme Before I Grow Too Old ou Broke Down And Busted que l’album frappe le plus fort, avec des riffs qui claquent comme des étincelles et des paroles qui oscillent entre sagesse précoce et rébellion juvénile. La production, bien que légèrement datée par endroits, conserve une chaleur organique qui manque cruellement à tant de rééditions modernes.
Si The Necessary Cosmic Frenzy n’atteint pas la perfection intemporelle de A Wizard, a True Star, il en capture l’essence : un rock où l’expérimentation et l’émotion brute se côtoient sans complexe. Les fans de Rundgren y trouveront des échos de Runt (1970), son premier album solo, tandis que les amateurs de power pop découvriront des pépites méconnues, comme Ooo Baby Baby, une reprise soulful qui rappelle que Rundgren a toujours su marier les genres avec une aisance déconcertante. Le vinyle bleu pâle, avec son pressage soigné, ajoute une touche de rareté à l’ensemble, comme si on tenait entre ses mains un fragment de rock perdu dans le temps.
En définitive, ce disque est une bouffée d’air frais pour quiconque pense que le rock des années 70 était soit trop lisse, soit trop expérimental. The Necessary Cosmic Frenzy est un rappel que le meilleur rock est souvent celui qui ose mélanger l’innocence et la virtuosité, le groove et la mélancolie. À écouter à fond, de préférence avec un tourne-disque et un verre de whisky à portée de main.