Description
Avec Weapon of Choice, THE CULT confirme une fois de plus qu’il est l’un des derniers alchimistes capables de distiller l’essence même du rock alternatif en une potion envoûtante, à la fois vintage et résolument moderne. Sorti en 2026, ce dixième album studio — pressé sur un vinyle argenté aussi clinquant que son titre le suggère — s’inscrit dans la lignée des chefs-d’œuvre comme Electric ou Ceremonial, tout en y injectant une urgence et une maturité qui trahissent des décennies de maturation. Ian Astbury, toujours aussi théâtral dans sa diction, y déploie une palette vocale qui oscille entre le crooner mélancolique et le prophète en transe, tandis que Billy Duffy, guitariste légendaire, cisèle des riffs qui oscillent entre le blues saturé et le post-punk rageur. Le résultat ? Un disque qui sent le cuir usé, l’encens et l’électricité statique, comme si les murs de Brixton ou de Los Angeles avaient absorbé chaque note.
L’ouverture avec Aurora est un coup de maître : un groove hypnotique, porté par une basse qui pulse comme un cœur sous tension, tandis que les chœurs envoûtants et les guitares en surplomb évoquent les nuits sans sommeil de Love. Mais c’est A Pale Horse, avec son riff obsédant et ses paroles apocalyptiques, qui donne le ton : THE CULT ne se contente pas de célébrer le rock, il en fait une arme de rébellion métaphysique. The Bones, quant à lui, est une ballade envoûtante où Astbury murmure comme un chaman, tandis que les nappes de synthés et les percussions tribales rappellent que le groupe n’a jamais eu peur de brouiller les frontières entre le sacré et le profane. La production, signée par le duo lui-même avec l’aide de Chris Sheldon (qui a travaillé avec Radiohead et The Smashing Pumpkins), est d’une clarté cristalline : chaque instrument respire, chaque note a sa place, sans jamais noyer l’auditeur sous un mur de distorsion.
Côté points faibles, Weapon of Choice pâtit parfois d’un excès de confiance, notamment sur Twisted And Bleeding, où le morceau frôle l’autoparodie avec ses accents presque glam excessifs. De même, Militant et Supreme peinent à se démarquer, comme si le groupe avait trop puisé dans son propre réservoir de riffs légendaires sans toujours les réinventer. Pourtant, ces écueils sont vite oubliés dès que Gibraltar entre en scène : une épopée de près de sept minutes où Duffy déploie un solo d’une virtuosité presque jazz, tandis qu’Astbury hurle comme un oracle sur le point de révéler un secret cosmique. Et puis il y a Lucifer, morceau-titre aussi sombre que majestueux, où le groupe semble puiser dans les abysses du blues pour en faire jaillir une lumière crue, presque insoutenable.
En définitive, Weapon of Choice est un album qui se savoure comme un bon whisky : plus on l’écoute, plus ses arômes complexes se révèlent. THE CULT prouve ici qu’il n’a rien perdu de sa verve, même après quarante ans de carrière. Si certains morceaux frôlent l’autocitation, d’autres — Aurora, A Pale Horse, Gibraltar — atteignent des sommets qui rappellent pourquoi ce groupe a marqué l’histoire du rock. À mettre sur la platine avec un verre de bourbon à la main, de préférence sous une lune décroissante.
